LES TARTARES SORTENT DE SERVAGE
Gog et de Magog, qui doit venir à la fin du monde, quand TAntechrist viendra pour tout détruire.
474. En cette plaine était le peuple des Tartares, et ils étaient sujets au prêtre Jean et à l'empereur de Perse , dont la terre venait après la sienne , et à plusieurs autres rois mécréants, à qui ils devaient tribut et servage chaque année, à cause du pâturage de leurs bêtes-, car ils ne vivaient pas d'autre chose. Ce prêtre Jean et l'empereur de Perse, et les autres rois, tenaient en tel mépris les Tartares, que quand ils leur apportaient leurs rentes, ils ne les voulaient pas recevoir devant eux , mais leur tournaient le dos.
475. Parmi eux il y eut un homme sage qui parcourut toutes les plaines , et parla aux hommes sages des plaines et des différents lieux, et leur montra le servage là où ils étaient, et les pria tous d'aviser comment ils sortiraient du servage là où on les tenait. Il fit tant qu'il les assembla tous au bout de la plaine, en face la terre du prêtre Jean, et leur montra ces choses; et ils lui répondirent qu'il parlât et qu'eux exécuteraient. Et il leur dit ainsi, qu'ils ne pouvaient réussir s'ils n'avaient un roi et un seigneur au-dessus d'eux; et il leur enseigna de quelle manière ils auraient un roi, et ils le crurent.
476. Et la manière fut telle, que de cinquante-deux tribus qu'il y avait, chaque tribu lui apportât une flèche qu'elle eut marquée à son nom; et de l'accord de tout le peuple, il fut convenu que l'on mettrait ces cinquante-deux flèches devant un enfant de cinq ans ; et celle que l'enfant prendrait d'abord, marquerait la tribu d'où l'on ferait un roi. Quand l'enfant eut pris une des flèches, l'homme sage fit retirer en arrière toutes les autres tribus ; et il fut établi en telle manière , que ceux de la tribu d'où l'on devait faire un roi , éliraient entre eux cinquante-deux hommes des plus sages et des meilleurs qu'ils auraient. Quand ils furent élus, chacun y apporta une flèche marquée à son nom.
477. Alors il fut convenu que celui dont l'enfant prendrait la flèche, de celui-là on ferait un roi. Et l'enfant en prit une, qui était
476. — 1 A, porte ici L, et plus loin LU. — 3 B et L, cediille. Le mots aiete ou seetc du manuscrit .4 est remplacé à tort par cedulle âans les manuscrits B et L; mais il y a d'ailleurs accord dans le récit, qui semble, selon l'observation de M. Daunou, se rapporter à l'élévation de Gengis-Khan. — 3 B et L, entre eulx ; A, entre leur; on disait leur pour eux.
2b2 HISTOIRE DE SAINT LOUIS.
les avoit enseigniez ' -, et li peuples en furent si lié que chascuns en fist grant joie. Il les fist taire, et lour dist : « Signour, se vous voulez <( que je soie vostre roys, vous me jurerez par Celi qui a fait le ciel « et la terre, que vous tenrés mes commandemens. » Et il le jurèrent.
478. Li establissement que il lour donna , ce fu pour tenir le peuple en paiz; et furent tel, que nus n'i ravist autrui chose, ne que li uns ne ferist Tautre , se il ne vouloit le poing perdre ; ne que nulz n'eust compaingnie à autrui femme ne à autrui fille, se il ne vouloit perdre le poing ou la vie. Moût d'autres bons establissemens lour donna pour pais avoir.
47q. Après ce que il les ot ordenez et aréez, il lour dist : « Sice gnour, li plus forz ennemis que nous aiens, c'est prestres Jehans. « Et je vous commant que vous soies demain tuit appareillié pour li « courre sus-, et se il est ainsi que il nous desconfise (dont Diex « nous gart!), face chascuns le miex que il porra. Et se nous le' « desconfisons, je commant que la chose dure trois jours et trois « nuis, et que nulz ne soit si hardis que il mette main à nul' « gaaing, mais que à gens occirre*, car après ce que nous avérons « eue victoire, je vous départirai le gaing si bien et si loialment, « que chascuns s'en tenra apaiez. » A ceste chose il s'acorderent tuit.
480. L'endemain coururent sus lour ennemis , et ainsi comme Diex vout , les desconfirent. Touz cens que il trouvèrent en armes deffendables , occistrent touz-, et ceus que il trouvèrent en abit de religion , les prestres et les autres religions \ n'occistrent pas. Li autre peuple de la terre prestre Jehan, qui ne furent pas en la bataille, se mistrent tuit en lour subjection.
481. Li uns des princes de Tun des peuples ' devant nommez fu bien perdus trois moys , que onques Ton n'en sot nouvelles; et quant