VICTOIRE DES TARTARES
celle du sage qui les avait enseignés-, et le peuple en fut si heureux que chacun en montra grande joie. Il les fit taire , et leur dit : u Sei- « gneurs, si vous voulez que je sois votre roi, vous me jurerez par « Celui qui a fait le ciel et la terre, que vous garderez mes comman- (' déments. » Et ils le jurèrent.
478. Les établissements qu'il leur donna, ce fut pour tenir le peuple en paix; et ils furent tels, que nul n'y ravît la chose d'autrui, et que Tun ne frappât point Tautre, s'il ne voulait perdre le poing •, et que nul n'eiJt de rapports avec la femme d'autrui ni avec la fille d'autrui, s'il ne voulait perdre le poing ou la vie. Il leur donna beaucoup d'autres bons établissements pour avoir la paix.
XGIV. Victoire des Tartares sur le prêtre Jean; vision d'un de leurs princes;
sa conversion.
479. Après qu'il eut mis chez eux ordre et arrangement , il leur dit : « Seigneurs, le plus fort ennemi que nous ayons, c'est le prêtre « Jean. Et je vous commande que vous soyez demain tous préparés « pour lui courir sus-, et s'il arrive qu'il nous déconfise (dont Dieu « nous garde!), que chacun fasse le mieux qu'il pourra. Et si nous « le déconfisons, je commande que la chose dure trois jours et « trois nuiis, et que nul ne soit si hardi qu'il mette la main à faire « nul butin, mais seulement à occire les gens; car après que nous ^( aurons remporté la victoire , je vous partagerai le butin si bien et « si loyalement que chacun s'en tiendra satisfait. » C'est à quoi ils s'accordèrent tous.
480. Le lendemain ils coururent sus à leurs ennemis, et ainsi que Dieu le voulut , ils les déconfirent. Tous ceux qu'ils trouvèrent en armes à se pouvoir défendre , ils les occirent tous ; et ceux qu'ils trouvèrent en habit de religion, les prêtres et les autres religieux, ils ne les occirent pas. Les autres peuples de la terre du prêtre Jean, qui ne furent pas à cette bataille, se mirent tous en leur sujétion.
481. L'un des princes de l'une des tribus nommées plus haut fut bien perdu trois mois , sans que Ton en sût de nouvelles ; et quand
4S0. — 1 A, religions ; B, et les prebtres, en omettant cl les autres religions. 481. — 1 A, l'un des peuples de l'un des princes.
il revint, il n'ot ne fain ne soif; que il ne cuidoit avoir demourei que un soir au plus. Les nouvelles que il en raporta- furent tiex, que il avoit montei à un ^ trop haut tertre , et là-sus avoit trouvei grant nombre de gens*, les plus bêles gens que il eust^"" onques veues, les miex vestus, les miex parés -, et ou bout dou tertre vit seoir un roy plus bel des autres, miex vestu et miex parei, en un throne d'or.
482. A sa destre séoient six roy couronnei , bien parei à pierres preciouses, et à sa senestre ' autant. Près de li, à sa destre main, avoit une royne agenoillie , qui li disoit et prioit que il pensast de son peuple. A sa senestre , avoit agenoillie '" un moût bel home , qui avoit dous elesresplendissans aussi comme li solaus-, et entour le roy, avoit grant foison de bêles gens à eles.
483. Li roys appela ceH prince, et li dist : « Tu es venuz de Tost « des Tartarins. » Et il respondi : « Sire, ce' sui mon. — Tu en (( iras à ton roy-, et li diras que tu m'as veu, qui sui Sires dou « ciel et la terre; et li diras que il me rende grâces de la victoire « que je li ai donnée sus prestre Jehan et sur sa gent. Et li diras « encore , de par moy, que je li doing poissance de mettre en sa « subjection toute la terre. — Sire, fist li princes, comment me «. croira-il ? »
484. — c( Tu li diras que il te croie, à tiex enseignes que tu iras « combatre à Tempereour de Perse atout trois cens homes sanz « plus de ta gent; et pour ce que vostre grans roys croit que je sui « poissans de faire toutes choses, je te donrai victoire de descon- «( fire Tempereour de Perse , qui se combatera à toy atout trois cens « mille hommes et plus à armes. Avant que tu voises combatre à li, (( tu requerras à vostre roy que il te doint les provaires et les gens « de religion que il a pris en la bataille; et ce que cil te tesmoingne- « ront, tu croiras fermement et touz tes peuples. »
485. — « Sire, fist-il, je ne m'en saurai aler se tu ne me faiz « conduire. » Et li roys se tourna devers grant foison de chevaliers, si bien armez que c'estoit merveille dou regarder ; et appela Tun ^, et dist : « Georges , vien çà. » Et cil i vint et s'agenoilla. Et li roys
4!^!. —- A, raporterent. — 3 A, trouvé un. — 4 A omet grant nombre de gens. — •" A, eussent. 482. — 1 A, à senestre. — 2 A omet agenoillie.