VISION D UN PRINCE TARTARE
il revint, il n\ivait ni faim ni soif-, car il ne croyait avoir demeuré qu'une nuit au plus. Les nouvelles qu'il en rapporta furent telles, qu'il était monté sur un très-haut tertre, et là haut avait trouvé grand nombre de gens, les plus belles gens qu'il eût jamais vus, les mieux vctus, les mieux parés -, et au bout du tertre^ il vit un roi plus beau que les autres, mieux vêtu et mieux paré, assis sur un trône d'or.
482. A sa droite siégeaient six rois couronnés, bien parés de pierres précieuses, et à sa gauche autant. Près de lui, à sa main droite, il y avait une reine agenouillée, qui lui disait et le priait qu'il pensât à son peuple. A sa gauche, il y avait agenouillé un très-bel homme, qui avait deux ailes aussi resplendissantes que le soleil; et autour du roi il y avait grande foison de belles gens avec des ailes.
483. Le roi appela ce prince, et lui dit : « Tu es venu de l'armée « des Tartares ? » Et il répondit : « Sire, j'en suis venu vraiment. « — Tu t'en iras à ton roi, et tu lui diras que tu m'as vu, moi qui « suis le Seigneur du ciel et de la terre ; et tu lui diras qu'il me rende (c grâces de la victoire que je lui ai donnée sur le prêtre Jean et sur « son peuple. Et tu lui diras encore, de par moi, que je lui donne (c pouvoir de mettre en sa sujétion toute la terre. — Sire, fit le « prince, comment me croira-t-il? »
484. — « Tu lui diras qu'il te croie à telles enseignes que tu iras « combattre l'empereur de Perse avec trois cents hommes sans plus « de ton peuple; et pour que votre grand roi croie que j'ai le pouvoir « de faire toutes choses, je te donnerai la force de déconfire Pempe- « reur de Perse, qui combattra contre toi avec trois cent mille hommes « d'armes et plus. Avant que tu ailles le combattre, tu requerras « de votre roi qu'il te donne les prêtres et les gens de religion qu'il a <c pris dans la bataille ; et ce qu'ils t'enseigneront, tu le croiras fer- « mementtoiet ton peuple. »
485. — « Sire, fist-il, je ne m'en saurai aller si tune me fais con- « duire. » Et le roi se tourna vers une grande foison de chevaliers, si bien armés que c'était merveille de les regarder ; et il en appella un, et dit : « Georges, viens ça. » Et celui-ci vint et s'agenouilla. Et le roi