‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 216 sur 467 · MŒURS DES TARTARES · texte numérisé non relu

MŒURS DES TARTARES

lui dit : « Lève-toi, et me mène cet homme à sa tentesain et sauf. » Et ainsi fit-il un matin au point du Jour.

486. Sitôt que ses gens le virent, ils montrèrent une si grande joie, et tout le camp aussi, que nul ne le pourrait raconter. Il demanda les prêtres au grand roi, qui les lui donna; et ce prince et tout son peuple reçurent leurs enseignements si débonnairement, qu'ils furent tous baptisés. Après ces choses, il prit trois cents hommes d'armes, et les fit confesser et préparer, et s'en alla combattre l'empereur de Perse, et le déconfit et chassa de son royaume. Celui-ci s'en vint fuyant jusques au ro3^aume de Jérusalem; et ce fut cet empereur qui déconfit nos gens et prit le comte Gautier de Brienne, ainsi que vous l'entendrez ci-après.

XCV. Mœurs des Tartares, orgueil de leur roi; saint Louis se repent de lui avoir envoyé un message.

487. Le peuple de ce prince chrétien était si grand , que les messagers du roi nous contèrent qu'il y avait dans leur camp huit cents chapelles sur chars. Leur manière de vivre était telle, qu'ils ne mangeaient pas de pain, et vivaient de chair et de lait. La meilleure chair qu'ils aient, c'est celle de cheval; et ils la mettent par couches dans la saumure, et la font sécher après, tant qu'ils la tranchent comme pain noir. Le meilleur breuvage qu'ils aient et le plus fort, c'est du lait de jument confit en herbes. On fit présent au grand roi des Tartares d'un cheval chargé de farine, qui était venu de trois mois de marche de loin; et il la donna aux messagers du roi.

488. Ils ont un grand nombre de chrétiens qui croient à la religion des Grecs, et ceux dont nous avons parlé et d'autres. Ceux-là ils les envoient sur les Sarrasins quand ils veulent guerroyer avec les Sarrasins; et ils envoient les Sarrasins sur les chrétiens quand ils ont affaire aux chrétiens. Toute espèce de femmes qui n'ont pas d'enfants vont à la guerre avec eux; ils donnent aussi bien une solde aux femmes qu'aux hommes, selon qu'elles sont plus vigoureuses. Et les messagers du roi contèrent que les hommes et les femmes soldés

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