‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 218 sur 467 · ORGUEIL DU ROI DES TARTARES · texte numérisé non relu

ORGUEIL DU ROI DES TARTARES

mangeaient ensemble aux hôtels des riches hommes à qui ils étaient ; et les hommes n'osaient toucher aux femmes en nulle manière, à cause de la loi que leur premier roi leur avait donnée.

489. Toute espèce de chairs qui meurent dans leur camp, ils les mangent toutes. Les femmes qui ont des enfants les soignent, les gardent, et préparent le manger à eux qui vont à la bataille. Ils mettent les chairs crues entre leurs selles et leurs pans d'habit-, quand le sang en est bien sorti , alors il les mangent toutes crues. Ce qu'ils ne peuvent manger, ils le jettent dans un sac de cuir ; et quand ils ont faim, alors ils ouvrent le sac, et mangent toujours la plus vieille d'abord. Or je vis un Corasmin qui fut des gensde l'empereur de Perse, qui nous gardait en prison, et quand il ouvrait son sac, nous nous bouchions le nez; car nous ne pouvions y tenir, à cause de la puanteur qui sortait du sac.

490. Or revenons à notre matière et disons ainsi, que quand le grand roi des Tartares eut reçu les messagers et les présents, il envoya quérir avec sauf-conduit plusieurs rois qui n'étaient pas encore venus se mettre à sa merci ; et leur fit tendre la chapelle, et leur dit en telle manière : « Seigneurs, le roi de France est venu en notre merci « et sujétion, et voici le tribut qu'il nous envoie ; et si vous ne venez « en notre merci, nous l'enverrons quérir pour vous perdre. » Il y en eut assez de ceux-là qui , par peur du roi de France, se mirent en la merci de ce roi des Tartares.

491. Avec les messagers du roi vinrent les leurs*, et ils apportèrent au roi de France des lettres de leur grand roi , qui disaient ainsi : « C'est bonne chose que la paix ; car en terre de paix ceux qui vont « à quatre pieds mangent l'herbe paisiblement •, et ceux qui vont à « deux, labourent la terre (dont les biens viennent ) paisiblement.

« 492. Et nous te mandons cette chose pour t'avertir : car tu ne « peux avoir la paix si tu ne l'as avec nous. Car prêtre Jean se leva « contre, et tel , roi et tel (et ils en nommaient beaucoup) ; et tous « nous les avons passés au fil de l'épée. Ainsi nous te mandons que

491. — 1 A, si leur .iportercnt lettres; B, vindrent les leur lettres. — - B, l'herbe paissant.— 3 A, passiblement.

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