‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 23 sur 467 · V. Estime de saint Louis pour la prud'homie et la probité · texte numérisé non relu

V. Estime de saint Louis pour la prud'homie et la probité

30. Il aima tant toutes sortes de gens qui croyaient en Dieu et l'aimaient, qu'il donna la connétablie de France à monseigneur Gilles le Brun (qui n'était pas du royaume de France), parce qu'il était en grande renommée de croire en Dieu et de l'aimer. Et je crois vraiment que tel fut-il.

3 1 . Maître Robert de Sorbon, pour la grande renommée qu'il avait d'être prud'homme, il le faisait mangera sa table. Un jour il advint qu'il mangeait à côté de moi , et que nous causions bas l'un avec l'autre. Le roi nous reprit et dit : « Parlez haut, fit-il, car vos com- « paignons croient que vous pouvez médire d'eux. Si vous parlez, en « mangeant, de chose qui nous doive plaire, parlez haut; ou sinon, « taisez-vous. »

32. Quand le roi était en gaieté, il me disait : «Sénéchal, dites « les raisons pourquoi prud'homme vaut mieux que béguin. « Alors donc commençait la discussion entre moi et maître Robert. Quand

3o. — 1 Gilles de Trasegnies, dit le Brun, était originaire de Flandre.

3i. — 1 A, Cerbone. Robert de Sorbon, fondateur du collège de Sorbonne. — - B et L, et devisions; ces mots manquent dans A. — ■'A, vous.

nous aviens grant piesce desputei, si rendoit sa sentence et disoit ainsi : « Maistres Roberz, je vourroie bien ' avoir le non de preu- « dôme, mais que je le fusse, et touz li remenans vous demourast; « car preudom est si grans chose et si bone chose que, neis au ce nommer, emplist-il la bouche. »

33. Au contraire, disoit-il que maie chose estoit de penre de Tautrui; « car li rendres estoit si griez que, neis au nommer, li 7^en- (c <iri?5 escorchoit la gorge par les erres qui y sont, lesquiex sene- « fient les ratiaus' au diable, qui touz jours tire ariere vers li ceus- « qui Tautrui chatel weulent rendre. Et si soutilment le fait li dya- « bles^ car aus grans usuriers et aus granz robeours, les attice-iP « si que il lour fait donner pour Dieu ce que il deveroient ren- « dre. »

34. Il me dist que je deisse au roi Tibaut^ de par li, que il se preist garde à la maison des Preescheours de Provins, que il faisoit, que il n'encombrast Tame de li pour les granz deniers que il y metoit. c( Car li saige home, tandis que il vivent, doivent faire dou lour <c aussi comme executour en deveroient faire •, c'est à savoir que li « bon executour desfont premièrement les torfaiz au mort, et rente dent l'autrui chatel', et dou rcmenant de l'avoir au mort font au- « mosnes. »

35. Li sainz roys fu à Corbeil à une Penthecouste , là où il ot quatre-vins 1 chevaliers. Li roys descendi après mangier ou prael , desouz la chapelle, et parloit à Tuys de la porte au conte de Bretaigne -^ le père au duc qui ore est, que Diex gart ^ ! Là me vint querre maistres Roberz deSorbon ^, et meprist parle corde mon manteP, et me mena au roy, et tuit li autre chevafier vindrent après nous. Lors demandai-je à maistre Robert : « Maistres Roberz , que me

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