‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 230 sur 467 · A, de Chamelle. — 2 A, mal couverte · texte numérisé non relu

A, de Chamelle. — 2 A, mal couverte

DÉFAITE DE BARBAQUAN. 2g3

'( absout pas- car il a tort, et vous avez raison:, et je vOus absous au « nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit. Allons à eux ! »

533. Alors ils piquèrent des éperons, et attaquèrent le corps de bataille de Tempereur de Perse, qui était le dernier. Là il y eut très-grande foison de gens tués de part et d^autre, et là fut pris le comte Gautier :, car tous nos gens s'enfuirent si laidement, qu'il y en eut plusieurs qui de désespoir se noyèrent dans la mer. Ce désespoir leur vint parce qu'un des corps de bataille de l'empereur de Perse attaqua le soudan de la Chamelle, lequel se défendit tant contre eux, que de deux mille Turcs qu'il y mena, il ne lui en demeura que deux cent quatre-vingts quand il quitta le champ de bataille.

cm. Comment le soudan de la Chamelle détruisit l'armée de l'empereur de Perse ; mort du comte de Jaffa ; alliance des émirs d'Egypte et du soudan de Damas.

534. L'empereur décida qu'il irait assiéger le soudan dans le château de la Chamelle, parce qu'il lui semblait qu'il ne devrait pas tenir longuement, après avoir perdu tant de ses gens. Quand le Soudan vit cela, il vint à ses gens et leur dit qu'il irait combattre l'ennemi-, car s'il se laissait assiéger, il serait perdu. Il arrangea son affaire en telle manière, que tous ceux de ses gens qui étaient mal armés, ii les envoya par une vallée couverte -, et sitôt qu'ils ouïrent battre les tambours du soudan, ils se jetèrent sur le camp de l'empereur par derrière, et se prirent à occire les femmes et les enfants.

535. Et sitôt que l'empereur, qui était sorti en plaine pour combattre le Soudan qu'il voyait devant ses yeux, ouït les cris de ses gens, il retourna en son camp pour secourir les femmes et les enfants; et le Soudan leur courut sus, lui et ses gens-, d'où il advint si bien que de vingt-cinq mille qu'il étaient , il ne leur demeura homme ni femme, que tous ne fussent tués dans le combat ou livrés à l'épée.

536. Avant que l'empereur de Perse allât devant la Chamelle, il amena le comte Gautier devant Jafta-, et ils le pendirent par les bras à une fourche, et lui dirent qu'ils ne le dépendraient pas jusques à tant qu'ils eussent le château de Jaffa. Tandis qu'il pendait par les

535. — 1 B et L, gui estait sailly en champ. — - B et L, recoitrre. — 3 Que tous jusqu'à l'espde omis dans A. Le ms. B ajoute qui fut merveille.

doit par les bras, il escria à ceus dou chastel que pour mal que il li feissent, que il ne rendisent la ville, et que se il la rendoient, il meismes les occirroit.

537. Quant li emperieres vit ce, il envoya le conte Gautier en Babiloinne et en fist présent au soudanc, et dou maistre de TOspital, et de plusours prisonniers que il avoit pris. Cil qui menèrent le conte en Babiloinne estoient bien trois cens, et ne furent pas occis quant li emperieres tu mors devant la Chamelle. Et cist Coremin assemblèrent à nous le vendredi que il nous vindrent assaillir à pié ', Lour banieres estoient vermeilles et estoient endantées- juesques vers les lances ; et sur lour lances avoient testes faites de cheveus ^ qui sembloient testes de dyables *.

538. Plusour des marcheans ^ de Babiloinne crioient après le soudanc que il lour feist droit dou conte Gautier, des grans doumaiges que il lour avoit faiz; et li soudans lour abandonna que il s'alassent vengier de li. Et il Talerent occirre en la prison et mart3Tier : dont nous devons croire que il est es ciex ou nombre des martirs.

539. Li soudans de Damas prist sa gent qui estoient à Cadres, et entra en Egypte. Li amiral se vindrent combatre à li. La bataille dou soudanc desconfist les amiraus à cui il assembla, et Tautre bataille des amiraus d'Egypte desconfist Tarière bataille dou soudanc de Damas. Aussi s'en vint li soudans de Damas arrière à Cadres, navrez en la teste et en la main. Et avant que il se partist ' de Cadres, envolèrent li amiral d'Egypte lour messaiges et firent paiz à li, et nous faillirent de toutes nos convenances; et fumes de lors en avant que nous n'eûmes ne trêves ne paiz ne à ceus de Damas ne à ceus de Babiloine. Et sachiez que quant nous estiens le plus de gens à armes, nous n'estiens nulle foiz plus de quatorze cens.

540. Tandis que li roys estoit en Tost devant Jatte, li maistres de

537.— 1 Joinville a raconte plus haut cette bataille C 26J à 276) sans parler de l'intervention des Corasmins; mais ce qui lève toute équivoque, c'est la double circonstance (rappelée ici comme au S 279 ) d'un combat livré un vendredi et dans lequel les chrétiens étaient à pied. Les Corasmins étaient une tribu de Turcs qui, après avoir traversé la Perse, d'où ils furent chassés

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