‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 229 sur 467 · LES CHRETIENS VAINCUS PAR BARBAQUAN · texte numérisé non relu

LES CHRETIENS VAINCUS PAR BARBAQUAN

Safaei, et en dehors de Jaffa aussi. Et quand il eut fait ces dommages, il se dirigea sur Gaza à la rencontre du soudan de Babylone, qui devait venir là pour faire tort et nuire à nos gens.

529. Les barons du pa^'s et le patriarche décidèrent qu'ils iraient le combattre, avant que le soudan de Babylone dût venir. Et pour les aider, ils envoyèrent quérir le soudan delà Chamelle, Tun des meilleurs chevaliers qui fût en tout le peuple païen , auquel ils firent si grand honneur en Acre qu'ils étendirent des draps d'or et de soie par où il devait aller. Ils s'en vinrent jusqu'à Jatfa, nos gens et le Soudan avec eux.

530. Le patriarche tenait excommunié le comte Gautier, parce qu'il ne lui voulait pas rendre une tour qu'il avait à Jaffa, qu'on appelait la tour du Patriarche. Nos gens prièrent le comte Gautier qu'il allât avec eux pour combattre l'empereur de Perse; et il dit qu'ainsi feraitil volontiers, pourvu que le patriarche lui donnât l'absolution jusques à leur retour. Jamais le patriarche n'en voulut rien faire ; et toutefois le comte Gautier se mit en marche, et s'en alla avec eux. Nos gens firent trois corps, dont le comte Gautier en eut un , le soudan de la Chamelle l'autre, et le patriarche et ceux du pays le troisième : dans le corps du comte de Brienne furent les Hospitaliers.

53 1. Ils chevauchèrent jusqu'à ce qu'ils vissent leurs ennemis devant leurs yeux. Dès que nos gens les virent, ils s'arrêtèrent, et les ennemis firent trois corps aussi. Pendant que les Corasmins arrangeaient leurs corps de bataille, le comte Gautier vint à nos gens et leur cria : « Seigneurs, pour Dieu, allons à eux-, car nous leur « donnons du temps, parce que nous nous sommes arrêtés. » Et il n'y en eut aucun qui l'en voulût croire.

532. Quand le comte Gautier vit cela , il vint au patriarche et lui demanda l'absolution en la manière dessus dite; jamais le patriarche n'en voulut rien faire. Avec le comte de Brienne il y avait un vaillant clerc, qui était évêque de Rames, qui avait fait maintes belles prouesses dans la compagnie du comte; et il dit au comte : « Ne « vous troublez pas la conscience parce que le patriarche ne vous

53i. — A, et cil et les ennemis ; les mots et cil ne sont pas dans les autres manuscrits. — - A, sens. — ^A, me au lieu de l'en.

« a tort, et vous avés droit; et je vous absoil en non dou Pcre et (f dou Fil et dou Saint- Esperit. Alons à aus. »

533. Lors ferirent des espérons, et assemblèrent à la bataille Tempereour de Perse, qui estoit la dareniere. Là ot trop grant foison de gens mors d'une part et d'autre, et là fu pris li cuens Gautiers-, car toute nostre gent s'enfuirent si laidement, que il en y ot plusours qui de désespérance se noierent en la mer '. Geste désespérance lour vint pour ce que une des batailles Tempereour de Perse assembla au soudanc de la Ghamelle, liquex se deflendi tant à aus, que de dous mille Turs que il y mena , il ne l'en demoura que quatorze-vins quant il se parti dou champ.

cm.

534. Li emperieres prist consoil que il iroit assegier le soudanc dedans le chastel de la Ghamelle', pour ce que il lour sembloit que il ne se deustpas longuement tenir, à sa gent que il avoit perdue. Quant li soudans vit ce, il vint à sa gent et lour dist que il se iroit combatre à aus-, car se il se lessoit assegier, il seroit perdus. Sa besoingne atira en tel manière, que toute sa gent qui estoient mal armei, il les envola par une valée couverte 2 ^ et si tost comme il oïrent ferir les tabours le soudanc, il se ferirent en l'ost Tempereour par darieres, et se pristrent à occirre les femmes et les enfans.

53b. Et si tost comme li emperieres, qui estoit issus aus chans ' pour combatre au soudanc que il véoit aus yex, oy le cri de sa gent, il retourna en son host pour secourre- lour femmes et lour enfans; et li soudans lour courut sus, il et sa gent : dont il avint si bien, que de vint-cinq mille que il estoient, il ne lour demoura home ne femme, que tuit ne fussent mort et livrei à Tespée^.

536. Avant que li emperieres de Perse alast devant la Ghamelle, il amena le conte Gautier devant Jaffe ; et le pendirent par les bras à unes fourches, et li dirent que il ne le despenderoient point jusques à tant que il averoient le chastel de Jaffe. Tandis que il pen-

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