‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 239 sur 467 · I Voy. l'kiaircissemcnts, 6.-2 A, avoi:nt · texte numérisé non relu

I Voy. l'kiaircissemcnts, 6.-2 A, avoi:nt

LE ROI REFUSE D ALLER A JÉRUSALEM. 3o5

C VIII. Pourquoi saint Louis refusa d'aller en pèlerinage à Jérusalem.

554. Tandis que le roi était à Jaifa, on lui dit que le Soudan de Damas lui permettrait bien d'aller en Jérusalem, et avec un bon sauf-conduit. Le roi en tint grand conseil", et le résultat du conseil fut tel, que personne n'engagea le roi à y aller, puisqu'il eut fallu qu'il laissât la cité en la main des Sarrasins.

555. L'on en montra au roi un exemple qui fut tel, que quand le grand roi Philippe partit d'Acre pour aller en France, il laissa toutes ses gens demeurer dans le camp avec le duc Hugues de Bourgogne, aïeul de ce duc qui est mort nouvellement. Tandis que le duc séjournait à Acre, et le roi Richard d'Angleterre aussi, nouvelles leur vinrent qu'ils pourraient prendre le lendemain Jérusalem s'ils voulaient, parce que toutes les forces de la chevalerie du soudan de Damas s'en étaient allées vers lui, à cause d'une guerre qu'il avait avec un autre soudan. Ils disposèrent leurs gens, et le roi d'Angleterre forma le premier corps de bataille, et le duc de Bourgogne l'autre après, avec les gens du roi de France.

556. Tandis qu'ils étaient en passe de prendre la ville, on lui manda du camp du duc qu'il n'allât pas plus loin ; car le duc de Bourgogne s'en retournait arrière, pour ce, sans plus, qu'on ne put dire que les Anglais eussent pris Jérusalem. Tandis qu'ils parlaient ainsi, un sien chevalier lui cria : « Sire, sire, venez jusqu'ici, et je vous montre- « rai Jérusalem. » Et quand il ouït cela, il jeta sa cotte d'armes devant ses yeux tout en pleurant , et dit à Notre-Seigneur : « Beau sire Dieu, « je te prie que tu ne souffres pas que je voie ta sainte cité, puisque « je ne la puis délivrer des mains de tes ennemis. »

557. On montra cet exemple au roi, parce que si lui, qui était le plus grand roi des chrétiens, faisait son pèlerinage sans délivrer la cité des ennemis de Dieu, tous les autres rois et les autres pèlerins qui viendraient après lui, se tiendraient tous pour contents de faire leur pèlerinage ainsi que le roi de France l'aurait fait, et ne s'inquiéteraient pas de la délivrance de Jérusalem.

Page 1