‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 249 sur 467 · A omet se. — 2 A omet avant. — 3 A, ses · texte numérisé non relu

A omet se. — 2 A omet avant. — 3 A, ses

LE ROI ENTERRE LES CORPS DES CHRETIENS. 3l9

« si VOUS me voulez croire , je vous délivrerai sans perte. » Je lui dis qu'il expliquât ce qu'il voudrait, et que je le ferais.

580. « Je vous dirai, fit-il, comment nous échapperons. Nous nous « en irons, fit-il, tout le long de cette pente comme si nous devions aller « vers Damas:, et les Sarrasins qui sont là, penseront que nous les « voulons prendre par derrière. Et quand nous serons en ces plaines, « nous piquerons des éperons autour de la cité , et nous aurons passé « le ruisseau avant qu'ils puissent venir vers nous*, et cependant nous « leur ferons un grand dommage : car nous leur mettrons le feu en « ces froments battus qui sont au milieu de ces champs. »

58 1. Nous fîmes ainsi qu'il nous expliqua;, et il fit prendre des cannes de quoi on fait des flûtes, et fit mettre des charbons dedans, et dit de les ficher dans les froments battus. Et ainsi Dieu nous ramena en sauveté, grâce au conseil d'Olivier de Termes. Et sachez que quand nous vînmes au camp là où nos gens étaient, nous les trouvâmes tous désarmés; car il n'y en avait aucun qui eût pris garde à nous. Nous revînmes ainsi le lendemain à Sayctte, là où le roi était.

CXI 1 1. Saint Louis enterre les cadavres des chrétiens de Sayette. Amitié de Joinville et du comte d'Eu.

582. Nous trouvâmes que le roi en personne avait fait enfouir les corps des chrétiens que les Sarrasins avaient occis, ainsi qu'il est dit plus haut-, et lui-même en personne portait les corps pourris et tout puants pour les mettre en terre dans les fosses, sans qu'il se bouchât le nez-, et les autres se le bouchaient. Il fit venir des ouvriers de toutes parts , et se remit à fortifier la cité de hauts murs et de grandes tours. Et quand nous vînmes au camp, nous trouvâmes qu'il nous avait mesuré nos places, lui-même en personne, là où nous devions loger : ma place il la prit près la place du comte d'Eu, parce qu'il savait que le comte d'Eu aimait ma compagnie.

583. Je vous conterai des tours que le comte d'Eu nous jouait. J'avais fait une maison là où je mangeais, moi et mes chevaliers, à la clarté de la porte. Or la porte était du côté du comte d'Eu-, et lui

582. — 1 A, les crcsticiis que les crestiens. — -A répète et de grans. — ^ A, moy.

5t>3. — 1 M omet Z 5*^3 à Sgô; R, 5 583 et C 588 à Sgô. Voy. Z 588, note i.— - A, l'uis au. conte.

mout estoit soutils, fist une petite bible que il getoit ens ^, et fesoit espier quant nous estiens assis au mangier, et dressoit sa bible dou lonc de nostre table, et la faisoit geter ^, et nous brisoit nos pos et nos voirres. Je m'estoie garniz de gelines et de chapons;, et je ne sai qui li avoit donnei une joene ourse ^, laquel il lessoit aler à mes gelines ; et en avoit plus tost tuei une douzainne que Ton ne venist illec*^*, et la femme qui les gardoit batoit Tourse de sa quenoille ^.

584. Tandis que li roys fermoit Sayete , vindrent marcheant en Tost, qui nous distrent et contèrent que li roys des Tartarins avoit prise la citei de Baudas et Tapostole des Sarrazins, qui estoit sires de la ville, lequel on appeloit le calife de Baudas'. La manière comment il pristrent la citei de Baudas et le - calife, nous contèrent li marcheant-, et la manière fu teix, car quant il orent la citei dou calife assegie, il manda au calife que il feroit volentiers mariaige de ses enfans et des siens-, et li consaus dou calife li louèrent que il s'acordast -^ au mariaige.

585. Et li roys des Tartarins li manda que il li envoiast jusques à quarante personnes de son consoil et des plus grans gens , pour jurer le mariaige-, et li califes si fist. Encore li manda li roys des Tartarins que il li envoiast quarante des plus riches et des meillours homes que ilèust-, et li califes si fist. A la tierce foiz, li manda que il li envoiast quarante des meillours de sa compaignie '; et il si fist. Quant li roys des Tartarins vit que il ot touz les chievetains de la ville, il s'apensa que li menus peuples de la ville ne s'averoit pooir de deffendre sanz gouvernours. Il fist à touz les six vins riches ~ homes coper les testes, et puis fist assaillir la ville et la prist, et le calife aussi.

586. Pour couvrir sa desloiautei , et pour geter le blasme sur le calife de la prise de la ville, que il avoit faite, il fist penre le calife et

553. — 3 B et L, qui gectoit œuf\. — ^ Et la faisoit geter omis dans A. — s A, oue, ici et plus bas; mais la suite du récit prouve qu'il s'agit d'une ourse plutôt que d'une oie. — •> B et L, que on n'eust esté au lieu pour en prendre une. — '' A,gounelle.

554. — 1 En 1253, la nouvelle de la prise de Bagdad par les Tartares était prématurée; cet évé-

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