OLIVIER DE TERMES
les ferais retrancher des gages du roi à tout jamais. Et ils me dirent : « Sire, le jeu n'est pas égal entre nous; car vous êtes à cheval, et « vous vous enfuirez; et nous sommes à pied, et les Sarrasins nous « occiront. » Et je leur dis : « Seigneurs, je vous assure que je ne « m'enfuirai pas; car je demeurerai à pied avec vous. « Je descendis et envoyai mon cheval avec les Templiers, qui étaient bien à une portée d'arbalète derrière.
577. Pendant la retraite que les Allemands faisaient, les Sarrasins atteignirent un mien chevalier, qui avait nom monseigneur Jean de Bussey, d'un carreau à la gorge; et il tomba mort tout devant moi. Monseigneur Hugues d'Escot, dont il était neveu, qui se montra très-bien dans la Terre sainte, nie dit : « Sire, venez nous aider « pour reporter mon neveu en bas. — Malheur, fis-je, à qui vous (c aidera! car vous êtes allé là-haut sans mon commandement : s'il « vous en est mal arrivé, c'est à bon droit. Reportez-le en bas dans « la voirie ; car je ne partirai pas d'ici jusques à tant que l'on me « reviendra quérir. »
578. Quand monseigneur Jean de Valenciennes ouït le péril là où nous étions, il vint à monseigneur Olivier de Termes et aux autres chefs de Languedoc, et leur dit : « Seigneurs, je vous prie et vous « commande, de par le roi, que vous m'aidiez à quérir le sénéchal. » Tandis qu'il s'en inquiétait ainsi, monseigneur Guillaume de Beaumont vint à lui et lui dit : « Vous vous travaillez pour rien, car le « sénéchal est mort. » Et il répondit : «. Ou de sa mort ou de sa c( vie je dirai des nouvelles au roi. » Alors il se mit en marche et vint vers nous, là où nous étions montés dans la montagne; et dès qu'il fut venu à nous, il ine manda que je vinsse lui parler; et ainsi fis-je.
57g. Alors Olivier de Termes me dit que nous étions là en grand péril; car si nous descendions par où nous étions montés, nous ne le pourrions faire sans grande perte , parce que la côte était trop mauvaise, et que les Sarrasins nous descendraient sur le corps : « mais
577. — 4 B et L, et je lui feis responce que je n'en ferais rien, et luy dis. — ^ A, lei. 378. — 1 A, la mort.... la vie. — 2 Parler omis dans A. 579. — 1 A, péril.
3i8 HISTOIRE DE SAINT LOUIS.
« se VOUS me voulés croire, je vous deliverrai sanz perdre, » Et je li diz que il devisast ce que il vourroit, et je le - feroie.
580. « Je vous dirai, fist-il, comment nous eschaperons. Nous en (( irons, fist-il, tout ce pendant aussi comme se ^ nous deviens aler '<■ vers Damas; et li Sarrazin qui là sont, cuideront que nous les « vueillons penrepar darieres. Et quant nous serons en ces plainnes, « nous ferrons des espérons entour la citei, et avérons avant- passei « le ru que il puissent venir vers nous; et si lour ferons grant douce maige : car nous lour metterons le feu en ces ^ formens batus qui « sont enmi ces chans. «
58 1. Nous feimes aussi comme il nous devisa; et il fist penre canes de quo}^ Ton fait ces fleutes, et fist mettre charbons dedans, et fichier dedans les fourmens batus. Et ainsi nous ramena Diex à sauvetei , par le consoil Olivier de Termes. Et sachiez quant nous venimes à la héberge là où nostre gcnt estoient, nous les trouvâmes touz desarmés ; car il n'i ot onques nul qui s'en preist garde. Ainsi revenimes Tendemain à Sayete, là où li roys estoit.
582. Nous trouvâmes que li roys ses cors avoit fait enfouir les crestiens que li Sarrazin' avoient occis, aussi comme il est desus dit; et il-meismes ses cors portoit les cors pourris et touz puans pour mettre en terre es fosses, que jà ne se estoupast, et li autre se estoupoient. Il fist venir ouvriers de toutes pars, et se remist à fermer la citei de haus murs et de grans - tours. Et quant nous venimes en Tost, nous trouvâmes que il nous ot nos places mesurées, il ses cors, là où nous logeriens : la moie^ place il prist delez la place le conte d'Eu, pour ce que il savoit que li cuens d'Eu amoit ma compaignie.
583. Je ' vous conterai des jeus que li cuens d'Eu nous fesoit. Je avoie fait une maison là où je mangoie, je et mi chevalier, à la clartei de l'uis. Or estoit Tuis devers le conte - d'Eu; et il qui