CXIV. Prise de Bagdad par les Tartares
5S4. Tandis que le roi fortifiait Sayette, il vint des marchands dans le camp, qui nous dirent et contèrent que le roi des Tartares avait pris la cité de Bagdad et le pape des Sarrasins, qui était seigneur de la ville, lequel on appelait le calife de Bagdad. Les marchands nous contèrent la manière dont ils prirent la cité de Bagdad et le calife; et la manière fut telle, que quand ils eurent assiégé la cité du calife, le roi manda au calife qu'il ferait volontiers un mariage entre ses enfants et les siens ; et les conseillers du calife furent d'avis qu'il consentît au mariage.
585. Et le roi des Tartares lui manda qu'il lui envoyât jusques à quarante personnes de son conseil et des plus grandes gens, pour jurer le mariage; et le calife le fit. Le roi des Tartares lui manda encore qu'il lui envoyât quarante des plus riches et des meilleurs hommes qu'il eût; et le calife le fit. A la troisième fois, il lui manda qu'il lui envoyât quarante des meilleurs de sa compagnie; et il le fit. Quand le roi des Tartares vit qu'il avait tous les principaux de la ville, il pensa que le menu peuple ne se pourrait défendre sans gouverneurs. Il fit couper la tête à tous les cent vingt riches hommes, et puis fit assaillir la ville et la prit, et le calife aussi.
586. Pour couvrir sa déloyauté, et pour jeter sur le calife le blâme delà prise de la ville, qu'il avait faite, il fit prendre le calife et le fit
nement n'eut lieu qu'en 12 58 : mais il pouvait être dès lors prévu ou redouté, et donner lieu h des bruits du genre de ceux que rapporte ici Joinvillc. — 2 A, et du. — •' A, Icconseil leur louèrent que il s acordassent ; B et L, advisa qu'il se devait accorder. 585. — 1 A, meilleurs que il eusl. — "2 A omet riclies.
le fist mettre en une caige de fer, et le fist jeûner tant comme Ton puet faire home sanz mourir:, et puis li demanda ^ se il avoit fain. Et li califes dist que oyl; car ce n'estoit pas merveille. Lors li fist aporter li roys des Tartarins un grant taillour d'or chargié de joiaus à pierres précieuses, et li dist : « Cognois-tu ces joiaus? » Et li califes respondi que oyl : « Il furent mien. « Et il li demanda se il les amoit bien; et il respondi que oyl.
587. (f Puisque tu les amoies tant, fist li ro^'s des Tartarins, or « pren de celle ' part que tu vourras, et manju. » Li califes li respondi que il ne pourroit, car ce n'estoit pas viande que l'on peust mangier. Lors li dist li roys des Tartarins : a Or peus veoir maintenant '■ ta « deftense^; car se tu eusses donnei ton trésor (dont ^ tu ne te peus « à ceste heure aidier) aus gens d'armes , tu te fusses bien deffendus « à nous par ton trésor, se tu l'eusses despendu , qui ou ■' plus grant w besoing te faut que tu eusses onques. »
588. Tandis ' que li roys fermoit Sayete, je alai a sa '• messe au point dou jour, et il me dist que je l'atendisse, que il vouloit chevauchier-, et je si fis. Quant nous fumes aus chans, nous venimes par devant un petit moustier, et veismes, tout à cheval, un prestre qui chantoit la messe. Li roys me dist que cis moustiers estoit fais en l'onnour dou miracle que Diex fist dou dyable que il geta hors dou cors de la fille à la veuve femme; et il me dist que se je vouloie, que il orroit léans la messe que li prestres avoit commenciez et je li dis que il me sembloit ''' bon à faire.
58c). Quant ce vint à la paiz donner, je vi qui li clers qui aidoit la messe à chanter, estoit grans, noirs, megres et hericiés, et doutai que se il portoit au ro}^ la paiz , que espoir c'estoit uns Assacis , uns mauvais hom, et pourroit occirre le roy. Je alai penre la paiz au clerc et la portai au roy. Quant la messe fu chantée et nous fumes montei sus