‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 256 sur 467 · CXVII. D'un pauvre chevalier et de ses quatre tils · texte numérisé non relu

CXVII. D'un pauvre chevalier et de ses quatre tils

595. Le jour de la Toussaint, j'invitai tous les riches hommes du camp à mon hôtel, qui était sur la mer -, et alors un pauvre chevalier arriva dans une barque, avec sa femme et quatre fils qu'ils avaient. Je les fis venir manger en mon hôtel. Quand nous eûmes mangé, j'appelai les riches hommes qui étaient céans, et leur dis : « Faisons « une grande aumône, et déchargeons ce pauvre homme de ses ence fants-, et que chacun prenne le sien et j'en prendrai un. » Chacun en prit un, et ils se disputaient pour l'avoir. Quand le pauvre chevalier vit cela, lui et sa femme, ils comiiiencèrent à pleurer de joie.

596. Or il advint ainsi, que quand le comte d'Eu revint de l'hôtel du roi où il avait mangé, il vint voir les riches hommes qui étaient en mon hôtel, et me prit mon enfant, qui était de l'âge de douze ans, lequel servit le comte si bien et si loyalement que, quand nous revînmes en France, le comte le maria et le fit chevalier. Et toutes les fois que j'étais là où le comte était, il se pouvait à peine séparer de moi, et me disait: « Sire, Dieu vous le rende ! car en l'honneur où je (c suis vous m'avez mis, w Quant à ses trois autres frères, je ne sais ce qu'ils devinrent.

595. — 3 B et L omettent, et lors. — ^ A, d'oinme de ces. ' 596. — 1 A, ces.

597. Je priai au roy que il me lessast aler en pelerinaige à Nostre Dame de Tortouze, là où il avoit moût grant pelerinaige, pour ce que c'est li premiers autels qui onques fust fais en l'onnour de la Mère Dieu sur terre. Et 3^ fesoit Notre Dame moût grans miracles ; dont entre les autres i avoit un hors dou senz qui avoit le dyable ou cors. Là où sui ami, qui Tavoient léans amenei, prioient la Mère Dieu qu'elle li donnast santei, li ennemis, qui estoit dedans, lour respondi : « Nostre Dame n'est pas ci, ainçois est en Egypte, pour (( aidier au roy de France et aus crestiens qui aujourd'ui ariveront « en la terre, il à pié, contre la paennime à cheval. »

598. Li jours fu mis en escrit et fu aportez au légat, qui meismes ' le me dist de sa bouche. Et soies certeins qu'elle nous aida -, et nous eust plus aidié se nous ne Teussiens couroucie, et li et son Fil, si comme j'ai dit devant.

599. Li roys me donna congié d'aler là, et me dist à grant conseil que je li achetasse cent camelins' de diverses colours, pour donner aus Cordeliers quant nous venriens en France, Lors m'assouaga li cuers-, car je pensai bien que il n'i demourroit gueres. Quant nous venimes à Triple ~, mi chevalier me demandèrent que je vouloie faire des camelins, et que je lour deisse : « Espoir, fesoie-je, si les robai- « je 2 pour gaaingnier. »

600. Li princes ' (que Diex absoille !) nous fist si grant joie et si grant honour comme il pot onques • et eust donnei à mo}^ et à mes chevaliers grans dons, se nous les vousissiens avoir pris. Nous nevousimes riens penre, ne mais que-' de ses reliques, desquex je aportai au roy, avec les camelins que je li avoie achetez.

601 . Derechief, je envolai à ma dame la royne quatre camelins. Li chevaliers qui les luy présenta ', les porta entorteilliés en une touaille blanche. Quant la royne le vit entrer en la chambre où elle estoit, si s'agenoilla contre li, et li chevaliers se ragenoilla contre li aussi;

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