COMMENT ON SE DOIT VETIR
« que me voulez-vous ? « Et il me dit : « Si le roi s'asseyait dans ce « préau, et si vous alliez vous asseoir sur son banc plus haut que « lui, je vous veux demander si on vous en devrait bien blâmer. » Et je lui dis que oui.
36. Et il me dit : « Donc vous faites chose bien à blâmer, quand (( vous êtes plus noblement vêtu que le roi-, car vous vous vêtez a de vair et de drap vert, ce que le roi ne fait pas. » Et je lui dis : « Maître Robert, sauf votre grâce, je ne fais rien à blâmer si je (( me vêts de drap vert et de vair -, car c'est l'habit que me laissè- « rent mon père et ma mère. Au contraire vous faites chose à « blâmer-, car vous êtes fils de vilain et de vilaine, et avez laissé « l'habit de votre père et de votre mère, et êtes vêtu de plus riche « camelin que le roi ne l'est. » Et alors je pris le pan de son surcot et du surcot du roi, et lui dis : « Or regardez si je dis vrai, w Et le roi se mit à défendre maître Robert en paroles, de tout son pouvoir.
37. Après ces choses, monseigneur le roi appela monseigneur Philippe son fils, le père du roi qui est à présent, et le roi Thibaut, et s'assit à l'entrée de son oratoire, et mit la main à terre, et dit : (( Asseyez-vous ici bien près de moi , pour qu'on ne nous entende pas. « — Ah! sire, firent-ils, nous n'oserions nous asseoir si près de ce vous. » Et il me dit : « Sénéchal, asseyez-vous ici. » Ainsi fis-je, et si près de lui que ma robe touchait à la sienne. Et il les fit asseoir après moi, et leur dit : « Vous avez vraiment mal fait, vous qui êtes c( mes fils, et qui n'avez pas fait du premier coup tout ce que je vous « ai commandé; et gardez que cela ne vous advienne jamais. )> Et ils dirent qu'ils ne le feraient plus.
38. Et alors il me dit qu'il nous avait appelés pour se confesser à moi de ce qu'il avait à tort défendu maître Robert contre moi. « Mais, « fit-il, je le vis si ébahi qu'il avait bien besoin que je l'aidasse. Et « toutefois ne vous tenez pas à ce que j'en ai pu dire pour défendre « maître Robert ; car, ainsi que le sénéchal le dit, vous vous devez
le camelin était moins estimé que le drap teint en vert. — 3 Vêtement qui se mettait par-dessus la cotte. Voy. § 620.
37. — 1 Thibaut II , roi de Navarre , marié à Isabelle, fille de saint Louis. — - A , ci.
3S. — 1 Avoit manque dans A. — 2 a, à viestre Robert et contre.
(( VOUS VOUS devez bien vestir et nettement, pour ce que vos femmes (( vous en ameront miex, et vostre gent vous en priseront plus. (( Car, ce dit li saiges, on se doit assemer en robes et en armes en tel « manière que li preudome de cest siècle ne dient que on en face trop, « ne les joenes gens de cest siècle ne dient que on en face pou 3. »
39. Ci-après orrez un enseignement que il me fist en la mer, quant nous reveniens d'outre mer^ Il avint que nostre neis hurta devant rille de Cypre-, par un vent qui a non guerbin^, qui n'est mie des quatre maistres venz. Et de ce coup que nostre neis prist , furent li notonnier si desperei que il dessiroient lour robes et lour barbes. Li roys sailli de son lit touz deschaus (car nuis estoit), une cote, sanz plus, vestue,et se alla mettre en croiz devant le cors Nostre-Signour, comme cil qui n'atendoit que la mort. L'endemain que ce nous fu avenu, m'apela li rois tout seul, et me dist^' :
40. « Seneschaus, ore nous a moustrei Diex une partie de son « grant pooir-, car uns de ces^ petiz venz, qui est si petiz que à « peinne le sait-on nommer, deut avoir le roy de France, ses enfans « et sa femme et ses gens noies. Or dit sainz Anciaumes que ce sont « des menaces Nostre Signour, aussi comme se Diex vousist dire : (( Or vous eussé-je bien mors, se je vousisse. Sire Diex, fait li sains, « pourquoy nous menaces-tu? Car es menaces que tu nous faiz, ce « n'est pour ton preu ne pour ton avantaige : car se tu nous avoies « touz perdus, si ne seroies-tu jà plus povres-, ne se tu nous avoies c( tous gaigniez, tu n'en seroies jà~ plus riches. Donc n'est-ce pas (c pour ton preu la menace que tu nous as faite, mais pour nostre « profit, se nous le savons mettre à œuvre.
41. « A œuvre devons-nous mettre ceste menace que Diex nous c( a faite, en tel manière que, se nous sentons que nous aiens en nos c( cuers et en nos cors chose qui desplaise à Dieu, oster le devons « hastivement -, et quanque nous cuiderons qui li plaise, nous nous