‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 25 sur 467 · VI. Comment saint Louis pensait qu'on se cioit vêtir · texte numérisé non relu

VI. Comment saint Louis pensait qu'on se cioit vêtir

35. Le saint roi fut à Corbeil un jour de Pentecôte, là où il y avait quatre-vingts chevaliers. Le roi descendit après dîner au préau, sous la chapelle , et il parlait à l'entrée de la porte au comte de Bretagne, le père du duc qui est à présent, que Dieu garde ! Maître Robert de Sorbon me vint quérir là, et me prit par le bout de mon manteau, et me mena au roi-, et tous les autres chevaliers vinrent après nous. Alors je demandai à maître Robert : ce Maître Robert,

35. — 1 B et L, trois cents. — 2 Jean l"^"", comte de Bretagne, dont le fils Jean II porta le premier le titre de duc et mourut le 18 novembre i3o5. Ce passage est un de ceux qui aident à détermmer le temps où Joinville écrivit son livre (Voy. Eclaircissements , 6). — 3 B et L omettent que Diex gart. — ■* A , Cerbon. — fi B et L, par mon manteau.

(c voulez VOUS 6 ? » Et me dist : « Je vous veil demander se li roys « se séoit en cest prael, et vous vous allez seoir sur son banc plus (c haut que li, se on vous en deveroit bien blasmer. » Et je li diz queoil.

36. Et il me dist : « Dont faites vous bien à blasmer, quant vous « estes plus noblement vestus que li roys -, car vous vous vestez de « vair et de vert, ce que li roys ne fait pas. » Et je li diz : « Maisci très Roberz, sauve vostre grâce, je ne faiz mie à blasmer se je me « vest de vert et de vair • \ car cest abit me lessa mes pères et ma « mère. Mais vous faites à blâmer *, car vous estes fiz de vilain et de « vilainne, et avez lessié l'abit vostre père et vostre mère, et estes ves- «. tus de plus riche camelin^ que li roys n'est. )> Et lors je pris le pan de son seurcot et dou seurcot ^ le roy , et li diz : « Or esgardez se je <( di voir. » Et lors li roys emprist à deffendre maistre Robert de paroles, de tout son pooir.

37. Après ces choses, mes sires li ro3's appela mon signour Phelippe son fil, le père au roy qui ore est, et le roi Tybaut • , et s'asit à l'uys de son oratour, et mist la main à terre, et dist : « Séez-vous « ci bien près de moy, pour ce que on ne nous oie. — Ha ! sire, « firent-il, nous ne nous oseriens asseoir si- près de vous, » Et il me dist : « Seneschaus, séez-vous ci. » Et si fiz-je, si près de li que ma robe touchoit à la seue. Et il les fist asseoir après moy, et lour dist : a Grant mal apert avez fait, quant vous estes mi fil , et « n'avez fait au premier coup tout ce que je vous ai commandei -, « et gardés que il ne vous avieingne jamais. » Et il dirent que non feroient-il.

38 Et lors me dist que il nous avoit • appelez pour H confesser à moy de ce que à tort avoit deftendu maistre Robert encontre ~ moy. « Mais, fist-il, je le vi si esbahi que il avoit bien mestier que je li aiu dasse. Et toutes voiznevous tenez pas à chose queje endeissepour (( maistre Robert deffendre -, car, aussi comme li seneschaus dist.

35. — 6 B et L, lors demanday-je au dit maistre Robert qu'il me voulloit.

36. — 1 C'est le ventre de l'écureil du nord qui fournit la fourrure nommée i>air ou menuvair; le dos du même animal fournit le gris. — 2 Par camelin il faut entendre un drap tissé avec la laine des moutons fauves dans sa couleur naturelle; ce passage de Joinville prouve que

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