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LE ROI DÉCIDE SON RETOUR EN FRANCE

CXX. Le roi décide son retour en France; entretien de Joinville et du légat.

609. Au moment où la cité de Sayettc était déjà presque toute fortifiée, le roi fit faire plusieurs processions dans le camp, et à la fin des processions le légat faisait prier que Dieu ordonnât les affaires du roi selon sa volonté , afin que le roi fit ce qui serait le meilleur au gré de Dieu, ou de retourner en France ou de demeurer Là.

610. Après que les processions furent faites, le roi, en un moment où j'étais assis avec les riches hommes du pays, m'appela dans un préau, et me fit tourner le dos de leur côté. Alors le légat me dit : (c Sénéchal, le roi se loue beaucoup de votre service, et bien volon- « tiers vous procurerait profit et honneur:, et pour mettre, me dit-il, « votre cœur à l'aise, il m'a dit que je vous disse qu'il a arrangé ses « affaires pour aller en France à la Pâque qui vient. » Et je lui répondis : (c Que Dieu lui en laisse faire sa volonté 1 »

6i 1 . Alors le légat se leva et me dit que je l'accompagnasse jusques à son hôtel; ce que je fis. Alors il s'enferma dans sa garde-robe, lui et moi, sans plus , et me mit les deux mains entre les siennes, et commença à pleurer très- fort-, et quand il put parler, il me dit : « Sé- « néchal, je suis très-joyeux, et j'en rends grâces à Dieu, de ce que « le roi, vous et les autres pèlerins échappent du grand péril là où « vous avez été en cette terre. Et je suis en chagrin de cœur de ce^ « qu'il me faudra laisser votre sainte compagnie, et aller à la cour « de Rome, au milieu de ces déloyales gens qui y soiit.

612. « Mais je vous dirai ce que je pense à faire : je pense encore « à tant faire que je demeure un an après vous; et je désire dépenser <( tous mes deniers à fortifier le faubourg d'Acre, de sorte que je leur « m^ontrerai tout clair que je ne rapporte point d'argent ; alors ils ne « courront pas après des mains vides. »

61 3. Je racontais une fois au légat deux péchés qu'un mien prêtre m'avait racontés; et il me répondit en telle manière : « Nul ne sait, « comme moi, tous les péchés déloyaux qu'on fait en Acre; c'est

611.— 1 A, lors me dit le légat, —i A omet ce quejefeis. — ^ A, le roy et. 612. — 1 A, n'en porte; B et L, ne reporte.

« faiz : dont il couvient que Diex les venge , en tel manière que la « cités d'Acre soit lavée dou sanc aus habitours, et que il y vieigne « après autre gent qui y habiteront K :» La prophecie dou preudome est avérée en ~ partie, car la cités est bien lavée dou sanc aus habitours; mais encore n'i sont pas venu cil qui y doivent habiter-, et Diex les y cnvoit bons et tiex qu'il soient ^ à sa volentei ! »

614. Après ces choses, m'envoya querre et ^ me manda h roys que je m'alasse armer, et mes chevaliers. Je li demandai pourquoy; et il me dist pour mener la royne et ses enfans jeusques à Sur, là où il avoit sept lieues. Je ne li repris onques la parole; et si estoit li commandemens si perillous : que nous n'aviens lors ne trêves ne paiz, ne à ceus d'Egypte ne à ceus de Damas. La merci Dieu, nous y venimes ^ tout en paiz, sanz nul empeeschement et à l'anuitier, quant * il nous convint dous foiz descendre en la terre de nos ennemis pour faire feu et cuire viande, pour les enfans repaistre et alaitier.

61 5. Quant ' li roys se parti de la ~ citei de Sayete, que il avoit fermée de grans murs et de grans tours , et de grans fossés curez dehors et dedans, li patriarches et li baron dou paï's vindrent à H, et li distrent en tel manière :

616. « Sire, vous avez fermée la citei de Sayete, et celle de Cece saire, et le bourc de Jaffe, qui moût est grans profis à la sainte « Terre; et la citei d'Acre avés moût enforcie des murs et des tours « que vous y avez fait. Sire, nous nous soumes regardei entre nous, « que nous ne véons que désormais vostre ^ demourée puisse tenir « point de proufitau royaume de Jerusaleni; pour laquel chose nous « vous loons et conseillons que vous alez en Acre à ce quaresme « qui vient, et atiriez vostre passaige, par quoy vous en puisses aler « en France après cette Pasque. « Par le consoil dou patriarche et

6i3. — 1 Les Sarrasins s'emparèrent d'Acre en 1291 et en massacrèrent les habitants. — - A, avertie ou. — 3 A omet et tiex qu'il soient. 614. — 1 A omet m'envoya querre et. — - B et L, m'envoya querre le roy et me commanda.

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