CXXI. Joinville conduit la reine ù Sur. Embarquement du roi
614. Après ces choses, le roi m'envoya quérir et me commanda que je ni'allasse armer, moi et mes chevaliers. Je lui demandai pourquoi; et il me dit que c'était pour mener la reine et ses enfants jusques à Sur, qui était bien à sept lieues de là. Je ne lui répliquai pas une parole ; et pourtant le commandement était très-périlleux : car nous n'avions alors ni paix ni trêve, ni avec ceux d'Egypte, ni avec ceux de Damas. Dieu merci, nous y vînmes tout en paix, sans nul empêchement et à la tombée de la nuit, alors qu'il nous avait fallu deux fois descendre de cheval sur la terre de nos ennemis pour faire du feu et cuire des aliments, pour repaître et allaiter les enfants.
61 5. Quand le roi partit de la cité de Sayette, qu'il avait fortifiée de grands murs et de grandes tours, et de grands fossés curés dehors et dedans, le patriarche et les barons du pays vinrent à lui, et lui parlèrent en telle manière :
616. « Sire, vous avez fortifié la cité de Sayette, et celle de Césa- « rée, et le bourg de Jafifa, ce qui est un grand profit pour la Terre « sainte ; et vous avez beaucoup renforcé la cité d'Acre par les murs et « les tours que vous y avez faits. Sire, nous avons considéré entre « nous, et nous ne voyons pas que désormais votre séjour puisse ap- « porter de profit au royaume de Jérusalem; c'est pourquoi nous « vous donnons avis et conseil d'aller en Acre au carême qui vient, « et de préparer votre passage, afin que vous puissiez vous en aller « en France après Pâques. » Par le conseil du patriarche et des ba-