LES DEUX VŒUX A SAINT NICOLAS
nctable de France, monseigneur Gilles le Brun, et moi, nous étions couchés dans la chambre du roi-, et en ce moment la reine ouvrit la porte de la chambre, et pensa trouver le roi dans la sienne.
63 1. Et je lui demandai ce qu'elle était venue quérir : elle dit qu'elle était venue parler au roi, pour qu'il promît à Dieu quelque pèlerinage , ou à ses saints, par quoi Dieu nous délivrât de ce péril là ou nous étions; car les mariniers avaient dit que nous étions en péril de nous noyer. Et je lui dis : « Madame, promettez le voyage à mon- « seigneur saint Nicolas de Varangéville, et je vous suis garant pour « lui que Dieu vous ramènera en France, et le roi et vos enfants, '< — Sénéchal, fit-elle, vraiment je le ferais volontiers; mais le roi (' est si bizarre que s'il savait que je l'eusse promis sans lui, il ne '( m'v laisserait jamais aller.
()32. — (( Vous ferez une chose, c'est que si Dieu vous ramène en " France, vous lui promettrez une nef d'argent de cinq marcs, poui- '( le roi, pour vous et pour \os trois enfants; et vous suis garant « que Dieu vous ramènera en France; car je promis à saint Nicolas u que s'il nous réchappait de ce péril là où nous avions été la nuit, « je rirais prier de Joinville à pied et sans chausses. « Et elle me dit que pour la nef d'argent de cinq marcs elle la promettait à saint Nicolas, et me dit que je lui en fusse garant; et je lui dis que je le fe rais volontiers. Elle partit de là, et ne tarda qu'un peu; mais elle revint à nous et me dit : (f Saint Nicolas nous a garantis de ce « péril; car le vent est tombé. »
633. Quand la reine (que Dieu absolve!) fut revenue en France, elle fit faire la nef d'argent à Paris; et sur la nef étaient le roi, la reine et les trois enfants tout d'argent; le marinier, le mat, le gouvernail et les cordages, tout d'argent; et les voiles toutes cousues de fil d'argent. Et la reine me dit que la façon avait coûté cent livres. Quand la nef fut faite, la reine me l'envoya à Joinville pour la faire conduire jusques à Saint-Nicolas, et ainsi fis-jc; et je la vis encore à Saint- Nicolas quand nous menâmes la sœur du roi à Haguenau, au roi d'Allemagne.
633. 1 Cousus àfil omis dans X. — '^B et L omettent et je si fis. etc. — - Albert, roi ou empereur d'Allemagne, dont le fil'; Rodolphe épousa, en l'oo. Blanche, sceur de Philippe le Bel, \uorte en i 3o5.
634. Or revenons à nostre matière, et disons ainsi, que après ce que nous fumes eschapei de ces dous perilz, li roys s'assit sur le borti de la nef, et me fist asseoir à ses piez, et me dist ainsi '^ : « Seneschaus, nous a bien moustrei nostre Diex son grant pouoir; « que uns de ces^ petits vens (non pas des quatre maistres vens^) (( dut avoir naié le roy de France , sa femme et ses enfans , et toute « sa compaingnie. Or li devons grei et grâce rendre dou péril dont « il nous a délivrez.
635. « Seneschaus, fist li roj^s, de tiex tribulacions, quant elles « aviennent aus gens, ou de grans maladies, ou d'autres persecu- « cions, dient li saint que ce sont les menaces Nostre Signour. Car <( aussi comme Diex dit à ceus qui eschapent de grans maladies : « — Or véez-vous bien que je vous eusse bien mors se je vousisse-, « et ainsi puet-il dire à nous : — Vous véez bien que je vous eusse (( touz 1 noiez se je vousisse.
(336. « Or devons, fist li roys, regarder à nous, que il n'i ait « chose qui li desplaise par quoy il nous ait ainsi espoentez-, et se fc nous trouvons chose qui li desplaise', que nous le metiens- hors-, « car se nous le fesiens autrement après ceste menace que il nous a (( faite, il ferra sus nous ou par mort, ou par autre grant mesc( chéance, au doumaige des cors et des âmes, »
637. Li roys dist : « Seneschaus, li sains dit : — Sire Diex, pource quoy nous menaces-tu? Car se tu nous avoies touz perdus, tu n'en « seroies jà pour ce plus povres:, et se tu nous avoies touz gaaingniés, « tu n'en seroies jà plus riches pour ce. Dont nous poons veoir, fait « H sains, que ces menaces que Diex nous fait, ne sont pas pour son « preu avancier, ne pour son doumaige destourber; mais seulement «. pour la grant amour que il a en nous, nous esveille par ses me- « naces, pour ce que nous voiens cler en nos defautes, et que nous
034. — 1 A, ban. — 2 Voy. G Sg à 41. — 3 Mss. ses. — '' A, non pas le mestre des quatre vens. (Voy. §39.)
PROFIT A TIRER DES MENACES DE DIEU. 34g