B et L, qui la suivent
LE ROI PART d'hYÈRES. 363
a vivre hors de son cloître sans péché mortel , pas plus que le poisce son ne peut vivre sans eau. Et si les religieux qui sont avec le « roi disent que ce soit un cloître, je leur dis que c'est le plus large u que j'aie jamais vu-, car il s'étend deçà la mer et delà. S'ils di- « sent qu'en ce cloître on peut mener âpre vie pour sauver son âme, « sur cela je ne les crois pas^ mais je vous dis que j'ai mangé avec « eux grande foison de divers mets de viande , et bu de bons vins « forts et clairs- en quoi je suis certain que s'ils eussent été en leur « cloître, ils n'eussent pas été si à l'aise qu'ils sont avec le roi. )>
65c). Il enseigna au roi en son sermon comment il se devait conduire au gré de son peuple-, et à la fin de son sermon il dit ainsi , qu'il avait lu la Bible et les livres qui vont à côté de la Bible , et qu'il n'avait jamais vu, ni au livre des croyants , ni aux livres des mécréants, que nul royaume ou nulle seigneurie fut jamais perdue, ou passée d'une seigneurie à une autre, ou d'un roi à un autre-, excepté par défaut de justice. (( Or, que le roi prenne garde, fit-il, puisqu'il s'en va en « France, à faire si bien justice à ton peuple qu'il en conserve l'ace mour de Dieu , de telle manière que Dieu ne lui ôte pas le royaume « de France avec la vie. »
G(5o. Je dis au roi qu'il ne lui laissât pas quitter sa compagnie, tant qu'il pourrait: il me dit qu'il l'en avait déjà prié, mais il n'en voulait rien faire pour lui. Alors le roi me prit par la main, et me dit : « Allons encore le prier. » Nous vînmes à lui, et je lui dis : « Sire, fai- « tes ce que monseigneur vous demande , de demeurer avec lui tant « qu'il sera en Provence. » Et il me répondit très en colère : « Certes, « sire, je ne le ferai pas; mais j'irai en tel lieu là où Dieu m'aimera « mieux voir qu'il ne ferait en la compagnie du roi. » Il demeura un jour avec nous, et le lendemain s'en alla. Or on m'a dit depuis qu'il gît en la cité de Marseille, là où il fait beaucoup de beaux miracles.
CXXXIII. Conseils de Philippe Auguste à saint Louis. 6(3 1 . Le jour que le roi partit d'Hyères , il descendit à pied du châ-
660. — I // me jusqu'à ;.im' omis dans A.— :iB et \^, Dieu fait moult de beau! x miracles pour luy. 6(3i. — I A, Mirres.
chastel, pour ce que la coste estoit trop roite-, et ala tant à pié que, pour ce que il ne pot avoir son palefroi , que il le couvint monter sur le mien. Et quant ses palefrois fu - venus, il courut sus ^ moût aigrement à Poince Tescuier-, et quant il Tôt bien mesamei , je li dis : « Sire, vous devez moût soufrir à Poince Tescuier ; car il a servi « vostre aioul et vostre père et vous. »
(552. — « Seneschaus, tîst-il, il ne nous a pas servi*, mais nous « Pavons servi quant nous Pavons soufert entour nous, aus mau- « valses taches que il a. Car li roys Phelippes mes aious me dist « que l'on devoit guerredonner à sa mesnie, à l'un plus, à l'autre « moins, selonc ce que il servent:, et disoit encore que nus ne pooit » estre bons gouvernerres de terre, se il ne savoit aussi hardiement « et aussi durement escondire comme il sauroit donner. Et ces « choses, fist li roys, vous apren-je, pour ce que li siècles est si en- « grès de demander, que pou sont de gens qui resgardent au sauve- « ment de lour âmes ne à Tonnour de lour cors, que il puissent « traire Tautrui chose par devers aus ^ , soit à tort, soit à droit. »
663. Li roys s'en vint par la contée de Provence jusques à une citei que on appelé Ays en Provence, là où Ton disoit que li cors à Magdeleinne gisoif, et fumes en une voûte de roche moût haute ' , là où Ton disoit que la Magdeleinne avoit estei en hermitaige dixsept ans. Quant li rois vint à Biaukaire, et je le vi en sa terre et en son pooir , je pris congié de li , et m'en ving par la daufine de Viennois ma nice 2, et par le conte de Chalon mon oncle, et par le conte de Bourgoingne son fil ^.
664. Et quand j'oi une piesce demourei à Joinville et je oy faites mes besoignes, je me muz vers le roy, lequel je trouvai à Soissons; et me fist si grant joie que tuit cil qui là estoient s'en merveillierent. Illec trouvai le conte Jehan de Bretaigne, et sa femme ' la fille le