‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 291 sur 467 · Que manque dans A. —i Voy. J 61 à · texte numérisé non relu

Que manque dans A. —i Voy. J 61 à

Gyo- — * Les mots qui avérant jusqu'à sentence manquent dans A.

comme il le requeroient , mais que on li donnast la congnoissance se la sentence estoit droituriere ou non.

671. Et il se conseillierent et respondirent au ro}^, que de ce que il afferoit à la crestientei ne li donroient-il la congnoissance. Etli ro3^s lour respondi aussi, que de ce que il afferoit à li, ne lour dourroit-il jà la congnoissance, ne necommanderoitjà à ses serjansque il constreinsissent les excommeniés à aus faire absoudre, fust tors, fust drois. (( Car se je le fesoie, je feroie contre Dieu et contre droit. Et « si vous en mousterrai un exemple qui est teix, que li evesque « de Bretaingne ont tenu le conte de Bretaingne bien sept ans en este commeniement , et puis a eu absolucion par la court de Rome •, « et se je Teusse contreint dès la première année , je Teussecontreint à (f tort. »

672. Il avint, quant ' nous fumes revenu d'outre mer, que li moinne de Saint-Urbain esleurent dous abbés : li evesques Pierres de Chaalons (que Diex absoille !) les chassa tous dous, et - beney en abbei mon signour Jehan de Mymeri, et li donna la'croce. Je ne le voil recevoir à abbei ^\ pour ce qu'il avoit fait tort à Tabbei Geoffroy, qui avoit appelei contre li et estoit alezà Rome. Jetingtant Tabbaïe en ma main queli diz Geffrois emporta la croce , et cil la perdi à cui li evesques Tavoit donnée i et tandis queli contensen dura, li evesques me fist escommenier. Dont il ot, à un parlement qui fu à Paris, grant tribouil de moy et de Tevesque Perron de Chaalons ^, et de la contesse Marguerite de Flandres et de Tercevesque de Reins, qu'elle desmanti.

673. A l'autre parlement qui vint après, prièrent tuit li prélat au roy que il venist parler à aus touz seus. Quant il revint de parler aus prelas, il vint à nous qui l'atendiens en la chambre aus plaiz ^, et nous dist en riant le tourment que il avoit eu aus prelas, dont li premiers fu teix, queli ercevesques de Reins avoit dit au

672. — 1 A, que. — 2 B et L omettent que Diex absoille les clussa tous dous et. — 3 A,;V ne voil recevoir, en omettant à abbei.

pourvu qu'on lui donnât la connaissance de la sentence pour juger si elle était juste ou non.

671. Et ils se consultèrent et répondirent au roi, qu'ils ne lui donneraient pas la connaissance de ce qui appartenait au for ecclésiastique. Et le roi leur répondit à son tour, qu'il ne leur donnerait pas la connaissance de ce qui lui appartenait , et ne commanderait point à ses sergents de contraindre les excommuniés à se faire absoudre, que ce fut à tort, ou que ce fût à raison. « Car si je le faisais, j'agirais contre « Dieu et contre le droit. Et je vous en montrerai un exemple qui est c( tel, quelesévêquesde Bretagne ont tenu pendant sept ans le comte « de Bretagne en excommunication, et puis il a eu l'absolution par « la cour de Rome; et si je Peusse contraint dès la première année, je '(• Teusse contraint à tort. »

CXXXVI. Autres exemples de la fermeté et de la justice de saint Louis.

672. Il advint, depuis que nous fûmes revenus d'outre-mer, que les moines de Saint-Urbain élurent deux abbés : l'évêque Pierre de Châlons (que Dieu absolve!) les chassa tous deux, et bénit pour abbé monseigneur Jean de Mymeri , et lui donna la crosse. Je ne le voulus pas recevoir pour abbé , parce qu'il avait fait tort à l'abbé Geoffroy, qui avait appelé contre lui et était allé à Rome. Je tins tant l'abbaye en mes mains que ledit Geoffroy emporta la crosse , et que celui-là la perdit à qui l'évêque l'avait donnée; et tandis que la contestation durait, l'évêque me fit excommunier. C'est pourquoi il y eut, à un parlement qui se tint à Paris, grande querelle de moi et de l'évêque Pierre de Châlons, et de la comtesse Marguerite de Flandre et de l'archevêque de Reims, qu'elle démentit.

(373. A l'autre parlement qui vint après, tous les prélats prièrent le roi qu'il vînt leur parler tout seul. Quand il revint de parler aux prélats, il vint à nous qui l'attendions dans la chambre aux plaids, et nous dit tout en riant le tourment qu'il avait eu avec les prélats, dont le premier fut tel, que l'archevêque de Reims avait dit au roi :

Ô72. — 4 B et L, Vevesque sans le nommer; A, Pierre de Flandres. 673. — 1 A, on palais.

roy : «Sire, que me ferez-vous de la garde Saint-Remi de Reins « que vous me tollez ? car par les sains de céans ~ je ne vouroie « avoir un tel pechié comme vous avez, pour tout ^ le royaume de « France. — Par les sains de céans, fist li roys, si fériés pour « Compieigne, par la couvoitise qui est en vous. Or en y a un parce jure.

674. — « Li evesques de Chartres me requist, fist li roys, que je li '<■ feisse recroire ce que je tenoie dou sien. Et je li diz que non feroie , u jeusques à tant que mes chatex seroit paies. Et li dis que il estoit 'c mes hom de ses mains , et que il ne se menoit ne bien ne loial- « ment vers moy quant il me vouloit desheritier.

675. — (c Li evesques de Chalons me dist, fist li roys : — Sire, « que me ferez-vous dou signour de Joinville, qui toit à ce povre u moinne l'abbaïe de Saint-Urbain? — Sire evesques, fist li roys, « entre vous avez establi que Ton ne doit oyr nul escommenié en « court laie*, et j'ai veues lettres seelées de trente-dous seaus que « vous estes escommeniés : dont je ne vous escouterai jeusques à « tant que vous soies absouz. « Et ces choses vous moustré-je, pour ce que vous voyez tout cler comme ' il se délivra touz seus , par son senz, de ce que il avoit à faire.

676. Li abbes Geffrois de Saint-Urbain , après ce que je li oz faite sa besoingne, si me rendi mal pour bien, et appela contre moy. A nostre saint roy fist entendant que il estoit en sa garde. Je requis au roy que il feist savoir la veritei, se la garde estoit seue ou moye K « Sire, fist li abbes, ce ne ferez-vous jà, se Dieu plait; mais nous « tenez en plait ordenei entre nous et le signour de Joinville*, que « nous amons miex avoir nostre abbaïe en vostre garde, que non ~ à « celi cui li eritaiges est. » Lors me dist li roy : « Dient-il voir, que « la garde de l'abbaïe est mo^'e? — Certes, sire,fiz-je, non est, ains « est moye. »

Gj'j. Lors dist li roys: « Il puet bien estre que li eritaiges est « vostre , mais en la garde de vostre abbaïe n'avés-vous riens. Ains « convient, se vous voulés, et selonc ce que vous dites et selonc ce

673. — - Par les sains Je eéans omis dans A. Il s'agit des reliques de la Passion qui étaient à la Saintè-Chapelle. — 3 A omet toiil.

JUSTICE DE SAINT LOUIS. SyS

<t Sire, que me ferez-vous pour la garde de Saint-Remi de Reims « que vous m'enlevez ? Car par les reliques de céans, je ne voudrais pas « avoir [sur le cœur] un péché tel que vous Tavez, pour tout le « royaume de France. — Par les reliques de céans, fit le roi, vous (( en feriez autant pour Gompiègne, à cause de la convoitise qui est « en vous. Or [de nous deux] il y en a un de parjure.

674. — (( L'évêque de Chartres me requit, fit le roi, que je lui fisse « rendre ce que je tenais du sien. Et je lui dis que je ne le ferais pas « jusques à tant que mon dû fut payé. Et je lui dis qu'il m'avait fait « hommage ses mains dans les miennes, et qu'il ne se conduisait ni ^< bien ni loyalement envers moi quand il me voulait déshériter.

675. — « L'évoque de Châlons me dit , fit le roi : — Sire , que me ce ferez-vous au sujet du seigneur de Join ville, qui enlève à ce pauvre « moine l'abbaye de Saint-Urbain? — Sire évèque, fit le roi, vous « avez établi entre vous qu'on ne doit entendre en cour laie aucun ex- (( communié-, et j'ai vu par une lettre scellée de trente-deux sceaux que « vous êtes excommunié : c'est pourquoi je ne vous écouterai pas jusce ques à tant que vous soyez absous. » Et je vous montre ces choses, pour que vous voyiez tout clair comme il se délivra tout seul, par son bon sens , de ce qu'il avait à faire.

676. L'abbé Geoffroy de Saint-Urbain , après que je lui eus fait sa besogne, me rendit le mal pour le bien, et appela contre moi. Il fit entendre à notre saint roi qu'il était en sa garde. Je demandai au roi qu'il fit savoir la vérité sur ce point, si la garde était sienne ou mienne, ce Sire, fit l'abbé, vous ne ferez pas cela, s'il plaît à Dieu ; (c mais retenez-nous en ordonnant qu'il soit plaidé entre nous et le sei- (( gneur de Joinville *, car nous aimons mieux avoir notre abbaye en « votre garde, qu'en la garde de celui à qui est l'héritage. » Alors le roi me dit : (c Disent-ils vrai, que la garde de l'abbaye est mienne? (( — Certes, sire, fis-je, elle ne l'est pas, mais elle est mienne. »

(377. Alors le roi dit : (( Il peut bien être que l'héritage soit vôtre, (C mais que vous n'ayez aucun droit à la garde de cette abbaye. Mais « il faudra, si vous le voulez [dit-il à l'abbé], et selon ce que vous dites et

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