BÉNIS SOIENT LES PACIFIQ^UES
hommes voisins et les princes du royaume , par exemple entre le comte de Chalon, oncle du seigneur de Joinville, et son fils le comte de Bourgogne , qui avaient grande guerre quand nous revînmes d'outremer. Et pour faire la paix entre le père et le fils, il envoya des gens de son conseil en Bourgogne et à ses dépens; et par ses soins la paix se fit entre le père et le fils.
681. Puis, il y eut grande guerre entre le roi Thibaut II de Champagne, et le comte Jean de Chalon, et le comte de Bourgogne, son fils, pour Tabbaye de LuxeuiL Pour apaiser cette guerre, monseigneur le roi y envoya monseigneur Gervais d'Escraines, qui alors était maître queux de France ; et par ses soins il les réconcilia.
682. Après cette guerre, que le roi apaisa, survint une autre grande guerre entre le comte Thibaut de Bar et le comte Henri de Luxembourg, qui avait pour femme la sœur du comte Thibaut-, et il advint ainsi, qu'ils combattirent Pun contre Tautre près de Prény, et le comte Thibaut de Bar fit prisonnier le comte Henri de Luxembourg, et prit le château de Ligny, qui était au comte de Luxembourg de par sa femme. Pour apaiser cette guerre, le roi envoya monseigneur Pierre le chambellan, Thomme du monde qu'il croyait le plus, et ce fut aux dépens du roi -, et le roi fit tant qu'ils furent réconciliés.
683. Au sujet de ces étrangers que le roi avait réconciliés, aucuns de son conseil lui disaient qu'il ne faisait pas bien de ne les pas laisser guerroyer; car s'il les laissait bien s'appauvrir, ils ne lui courraient pas sus aussitôt que s'ils étaient bien riches. Et à cela le roi répondait et disait qu'ils ne parlaient pas bien : « Car si les princes voisins « voyaient que je les laissasse guerroyer, ils se pourraient aviser entre « eux et dire : — C'est par méchanceté que le roi nous laisse guerre royer. — Alors il en adviendrait qu'à cause de la haine qu'ils aufc raient contre moi , ils me viendraient courir sus , et j'y pourrais « bien perdre, sans compter que j'y gagnerais la haine de Dieu, qui « dit : — Bénis soient tous les pacifiques. »
684. D'où il advint ainsi, que les Bourguignons et les Lorrains, qu'il avait pacifiés, l'aimaient et lui obéissaient tant, que je les vis venir