CXXXVIII
685. Li roys ama tant Dieu et sa douce Mere, que touz ceus que il pooit atteindre qui disoient de Dieu ne de sa Mere chose deshoneste ne vilein sainement, que il les fesoit punir griefment. Dont je vi que il fist mettre un orfèvre en Teschiele à Gezaire, en braies et en chemise, les boiaus et la fressure d'un porc entour le col, et à si ' grant foison que elles li avenoient jeusques au nez. Je oy dire que puis que je reving d'outre-mer, que il en fist cuire le nez et le balevre à un bourjois de Paris; mais je ne le vi pas. Et dist li sains roys : « Je « vourroie estre seigniez d'un fer chaut, par tel couvenant que tuit « vilein sairement fussent ostei de mon ~ royaume ^. «
686. Je fu bien vint-dous ans en sa compaignie, queonques Dieu ne li oy jurer, ne sa mere, ne ses sains; et quant il vouloit aucune chose affermer, il disoit : « Vraiement il fu ainsi , » ou : « Vraiement « il est ^ ainsi. »
687. Onques ne ly oy nommer le dyable, se ce ne fu en aucun livre là où il Tafferoit ^ à nommer, ou en la vie des sains de quoi li livres parloit. Et c'est grans honte au royaume de France ~ et au roy quant il le seuffre , que à peinne puet l'on parler que on ne die : « Que « dyables y ait part! » Et c'est grans faute de languaige, quant l'on approprie au dyable l'ome ou la femme, qui sont donnei à Dieu dès que il furent'^ baptizié. En l'ostel de Joinville , qui dit tel parole, il doit la bufe ou la paumelle , et y est cis mauvais languaiges presque touz abatus.
688. Il nie demanda se je lavoie les pies aus povres le jeudi absolu *;
6S4. — 1 B et L, à Paris, à Rems, à Meleuit et ailleurs.
685. — 1 A, et si. — - Mss. son. — 3 Ce fait est rapporté dans le chapitre xxxui de la Vie de saint Louis par Geoffroy de Bcaulieu, et ailleurs.
PUNITION DES BLASPHÉMATEURS. SjQ
plaider par-devant le roi, pour des procès qu'ils avaient entre eux, à la cour du roi à Reims, à Paris et à Orléans.
CXXXVIII. Horreur de saint Louis et de Joinville pour les blasphèmes.
685. Le roi aimait tant Dieu et sa douce Mère, que tous ceux qu'il pouvait convaincre d'avoir dit sur Dieu ou sa Mère chose déshonnête ou vilain jurement , il les faisait punir grièvement. Ainsi je vis qu'il fit mettre un orfèvre à l'échelle à Césarée , en caleçon et en chemise, les boyaux et la fressure d'un porc autour du cou, et en si grande foison qu'ils lui arrivaient jusqu'au nez. J'ai ouï dire que depuis que je revins d'outre-mer, il fit brûler pour cela le nez et la lèvre à un bourgeois de Paris; mais je ne le vis pas. Et le saint roi dit : « Je voudrais être marqué d'un fer chaud , à condition que tous vilains <( jurements fussent ôtés de mon royaume. ^
686. Je fus bien vingt-deux ans en sa compagnie, sans que jamais je l'aie ouï jurer par Dieu, sa Mère ou ses saints; et quand il voulait affirmer quelque chose, il disait : « Vraiment, cela fut ainsi, » ou : « Vraiment cela est ainsi. »
687. Jamais je ne lui ai ouï nommer le diable , si ce n'est en quelque livre là où il convenait de le nommer, ou en la vie des saints de quoi le livre parlait. Et c'est grande honte au royaume de France et au roi quand il le souflre, qu'à peine on puisse parler qu'on ne dise : « Que le Diable y ait part ! » Et c'est un grand péché de langage , quand on approprie au diable l'hoinme ou la feinme, qui sont donnés à Dieu dès qu'ils furent baptisés. En l'hôtel de Joinville, qui dit une telle parole, il reçoit un soufflet ou une tape, et ce mauvais langage y est presque tout détruit.
C XXXIX. Amour de saint Louis pour les pauvres; comment il instruisait
ses enfants; de ses aumônes et de ses fondations; de ses scrupules
dans la collation des bénéfices.
688. Il me demanda si je lavais les pieds aux pauvres le jeudi