‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 306 sur 467 · A, parent · texte numérisé non relu

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AMOUR DE SAINT LOUIS POUR LES PAUVRES. Bgt

717. Avec cela il y avait tant de malfaiteurs et de larrons à Paris et dehors, que tout le pays en était plein. Le roi, qui mettait grand soin à faire que le menu peuple fût gardé, sut toute la vérité; alors il ne voulut plus que la prévôté de Paris fût vendue, mais il donna grands et bons gages à ceux qui dorénavant la garderaient. Et il abolit toutes les mauvaises impositions dont le peuple pouvait être grevé; et fit enquerre par tout le royaume et par tout le pays où il pourrait trouver un homme qui fit bonne et roide Justice, et qui n'épargnât pas plus l'homme riche que le pauvre.

718. Alors lui fut indiqué Etienne Boileau, lequel maintint et garda si bien la prévôté, que nul malfaiteur, ni larron, ni meurtrier n'osa demeurer à Paris, qui ne fiât tantôt pendu ou exterminé : ni parenté, ni lignage, ni or, ni argent ne le purent garantir. La terre du roi commença à s'amender, et le peuple y vint pour le bon droit qu'on y faisait. Alors elle se peupla tant et s'amenda, que les ventes, les saisines, les achats et les autres choses valaient le double de ce que le roi y recevait auparavant.

71g. En toutes ces choses que nous avons ordonnées pour le profit de nos sujets et de notre royaume, nous nous réservons le pouvoir d eclaircir, d'amender, d'ajouter et de diminuer, selon que nous aviserons.

Par cet établissement, le royaume de France amenda beaucoup, ainsi que plusieurs personnes sages et âgées en témoignent.

CXLII. Amour de saint Louis pour les pauvres; de ses aumônes et de ses fondations.

720. Dès le temps de son enfance, le roi eut pitié des pauvres et des souffreteux; et la coutume était que, partout où le roi allait, cent vingt pauvres fussent toujours repus, en sa maison, de pain, de vin, de viande ou de poisson, chaque jour. En carême et en avent le nombre des pauvres croissait; et plusieurs fois il advint que le roi les servait, et leur mettait la nourriture devant eux, et leur tranchait la viande devant eux, et leur donnait, au départ, des deniers de sa propre main.

719. — 1 A, siibjei à notre royaume nous recevons à nostre majesté.

721. Meismement aus hautes vegiles des festes sollempniex, il servoit ces povres' de toutes ces choses desus dites, avant que il mangast ne ne beust. Avec toutes ces choses, avoit-il chascun jour au disner et au souper près de li anciens homes et debrisiés-, et lour fesoit donner tel viande comme il mangoit; et quant il avoient mangié, il enportoient certeinne somme d'argent.

722. Par desus toutes ces choses, li ro3^s donnoit chascun jour si grans et si larges aumosnes aus povres de religion, aus povres hospitaus, aus povres malades, et aus autres povres collèges, et aus povres gentis homes et famés et damoiselles, à femmes decheues, à povres femmes veuves et à celles qui gisoient d'enfant, et à povres menestriers ^ qui par vieillesce ou par maladie ne pooient labourer ne maintenir lour mestier, que à peinne porroit l'on raconter le nombre. Dont nous poons bien dire que il fu plus bienaeureus que Titus li emperieres de Rome, dont les anciennes escriptures racontent que trop se dolut et fu desconfortez d'un jour que il n'avoit donnei nul bénéfice.

723. Dès le commencement que il vint à son royaume tenir et il se sot apercevoir, il commença à edefier moustiers et plusours maisons de religion, entre lesquiex l'abbaye de Royaumont porte l'onnour et la hautesce. Il fîst edefier plusours maisons-Dieu : la maison- Dieu de Paris, celle de Pontoise, celle de Compieingne et de Vernon, et lour donna grans rentes. Il fonda rabba3^e de Saint-Mathé de Roan, où il mist femmes de l'ordre des frères Preescheours-, et fonda celle de Lonc-champ, où il mist femmes de l'ordre des frères Menours, et lour donna grans rentes pour elles vivre '.

724. Et otroia à sa mère à fonder l'abbaïe dou Liz delez Meleunsur-Seinne, et celle delez Pontoise, que l'on nomme Malbisson •, et puis lour donna grans rentes et possessions. Et fist faire la maison des Aveugles delès Paris, pour mettre les povres- aveugles de la citei de Paris; et^ lour fist faire une chapelle pour oyr lour servise Dieu. Et fist faire li bons roys la maison des Chartreus*, au dehors de

721. — 1 BetL, es paouvres; G. de Nangis , d'après G. de Beaulieu , fixe le nombre de ces pauvres à deux cents. — 2 Au nombre de trois, selon G. de Beaulieu et G. de Nangis.

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