CXLI. Réforme de la prévôté de Paris
715. La prévôté de Paris était alors vendue aux bourgeois de Paris, ou à d'aucuns; et quand il advenait que d'aucuns l'avaient achetée, ils soutenaient leurs enfants et leurs neveux en leurs méfaits; car les jeunes gens se fiaient en leurs parents et en leurs amis qui tenaient la prévôté. C'est pourquoi le menu peuple était fort foulé , et ne pouvait avoir raison des gens riches, à cause des grands présents et des dons qu'ils faisaient aux prévôts.
716. Celui qui, en ce temps-là, disait la vérité devant le prévôt, ou qui voulait garder son serment pour n'être point parjure , au sujet d'aucune dette ou d'aucune chose sur quoi l'on fut tenu de répondre, le prévôt levait sur lui l'amende, et il était puni. A cause des grandes injustices et des grandes rapines qui étaient faites dans la prévôté, le menu peuple n'osait demeurer en la terre du roi, mais allait demeurer en d'autres prévôtés et en d'autres seigneuries. Et la terre du roi était si déserte, que quand le prévôt tenait ses plaids, il n'y venait pas plus de dix personnes ou de douze.
71 5. — 1 Voy. Hclaircissc'incnts, i'.\ — - A, qui les tcnoicul.
71Ô. — 1 A, qui. — - Je supplée l'on. — ■' A, Jures.— '» A, quant il.
Sqo histoire de saint louis.
717. Avec ce il avoit tant de maufaitours et de larrons à Paris et dehors, que touz li pais en estoit pleins. Li roys, qui metoit grant diligence comment li menus peuples fust gardez, sot toute la veritei; si ne vout plus que la prevostés de Paris fust vendue, ains donna gaiges bons et grans à ceus qui dès or en avant la garderoient. Et toutes les mauvaises coustumes dont li peuples pooit estre grevez, il abati; et fist enquerre par tout le royaume et par tout le pays où Ton pourroit trouver home qui' feist bone justise et roide, et qui n'espargnast plus le riche home que le povre.
718. Si li fu enditiez Estiennes Boilyaue, liquex maintint et garda si la prevostei, que nus malfaiterres , ne liarres, ne murtriers n'osa demourer à Paris, qui tantost ne fust pendus ou destruiz : ne parentés ', ne lignaiges, ne ors, ne argens ne le pot garantir. La terre le roy commença à amender, et li peuples y vint pour le bon droit que on y fesoit. Si mouteplia tant et amenda, que les ventes, les saisinnes, li achat et les autres choses valoient à double que quant li roys y prenoit devant.
719. En toutes ces choses que nous avons ordenées pour le proufit de nos songiez et de nostre royaume, nous retenons à nous ^ pooir d'esclarcir, d'amender, d'ajouster et d'amenuisier, selonc ce que nous aurons conseil.
Par cest establissement, amenda moût li royaumes de France, si comme plusour saige et ancien tesmoignent.
720. Dès le tens de s'enfance ' , fu li roys piteus des povres et des souffraiteus -, et acoustumei estoit que li roys, partout où il aloit, que six vins povre fussent tout adès repcu, en sa maison, de pain, de vin, de char ou de poisson, chascun jour. En quaresme et es auvens croissoit li nombres des povres ; et plusours foiz avint que li roys les servoit, et lour metoit la viande devant aus, et lour trenchoit la viande devant aus, et lour donnoit au départir, de sa propre main, des deniers.