A, ces. — 2 En I 267. — 3 A, ver
73 1. — 1 A, je )ie trouvai ne rny n' autre.
SgS HISTOIRE DE SAINT LOUIS.
plusour prélat revestu le vestoient d'une chesuble vermeille de sarge de Reins.
732. Je apelai après ceste vision mon signour Guillaume, mon prestre, qui moût estoit saiges, et li contai la vision. Et il me dist ainsi : « Sire, vous verres que li roys se croisera demain. » Je li demandai pourquoy il le cuidoit;, et il me dist que il le cuidoit, par le songe que j'avoie songié; car la chasuble de sarge vermeille senefioit la croiz, laquex fu vermeille dou sanc que Diex y espandi de son costei, et de ses mains, et de ses piez. « Ce que la chasuble estoit de « sarge de Reins, senefie que la croiserie sera de petit esploit, aussi « comme vous verres se Diex vous donne vie. »
733. Quant je oi oye la messe à la Magdeleinne à Paris, je alai en la chapelle le roy, et trouvai le roy qui estoit montez en Teschaufaut aus ' reliques, et fesoit aporter la vraie Croiz aval. Endementres que li roys venoit aval, dui chevalier qui estoient de son consoil, commencierent à parler li uns à l'autre, et dist li uns : « Jamais ne (c me créez, se li roys ne se croise illec. » Et li autres respondi que « se « li roys se croise, ce yert une des douloureuses' journées qui once ques fust en France. Car se nous ne nous croisons, nous perde- « rons le roy; et se nous nous croisons, nous perderons Dieu, que « nous ne nous croiserons pas pour li, mais pour paour dou roy^. »
734. Or avint ainsi, que li roys se croisa Tendemain , et sui troi fil avec li ; et puis est avenu que la croiserie fu de petit esploit, selonc la prophecie mon prestre. Je fu moût pressez dou roy de France et dou roy de Navarre de moy croisier.
735. A ce respondi-je que, tandis comme je avoie estei ou servise Dieu et le roy outre-mer, et puis que je en reving, li serjant au roy de France et le roy de Navarre m'avoient destruite ma gent et apovroiez-, si que il ne seroit jamais heure que je et il n'en vausissent piz. Et lour disoie ainsi, que se je en vouloie ouvrer au grei Dieu, que je demourroie ci pour mon peuple aidier et deffendre -, car se je metoie mon cors en l'aventure' dou pelerinaige de la croiz, là où je véoie- tout cler que ce seroit au mal et au doumaige de ma gent, j'en courrouceroie Dieu^, qui mist son cors pour son peuple sauver.
733. — t A, au. — 2 A, dcliiTcu^cx. — 3 Mais jusqu'à rny omis dans A.
JOINVILLE REFUSE DE SE CROISER. Sgg
avis que plusieurs prélats en habits d'église le revêtaient d'une chasuble vermeille en serge de Reims.
782. J'appelai après cette vision monseigneur Guillaume, mon prêtre, qui était très-savant , et lui contai la vision. Et il me dit ainsi : « Sire, vous verrez que le roi se croisera demain. :» Je lui demandai pourquoi il le pensait :, et il me dit qu'il le pensait à cause du songe que j'avais songé ;, car la chasuble de serge vermeille signifiait la croix , laquelle fut vermeille du sang que Dieu y répandit de son côté, et de ses mains, et de ses pieds. « Quant à ce que la chasuble était « en serge de Reims , cela signifie que la croisade sera de petit profit , (c ainsi que vous verrez si Dieu vous donne vie. »
733. Quand j'eus ouï la messe à la Magdeleine à Paris, j'allai à la chapelle du roi , et je trouvai le roi qui était monté sur Téchafaud des reliques, et faisait apporter la vraie Croix en bas. Pendant que le roi venait en bas, deux chevaliers qui étaient de son conseil commencèrent à parler Tun à l'autre, et l'un dit : « Ne me croyez ja- « mais, si le roi ne se croise ici. » Et l'autre répondit : « Si le roi se (( croise, ce sera une des douloureuses journées qui jamais fut en « France. Car si nous ne nous croisons, nous perdrons l'amour du « roi; et si nous nous croisons, nous perdrons celui de Dieu, parce « que nous ne nous croiserons pas pour lui, mais par peur du roi. »
734. Or il advint ainsi, que le roi se croisa le lendemain, et ses trois fils avec lui; et puis il est advenu que la croisade fut de petit profit, selon la prophétie de mon prêtre. Je fus beaucoup pressé par le roi de France et le roi de Navarre de me croiser.
735. A cela je répondis que, tandis que j'avais été au service de Dieu et du roi outre-mer, et depuis que j'en revins , les sergents du roi de France et du roi de Navarre m'avaient détruit et appauvri mes gens, tellement que le temps ne serait jamais où moi et eux n'en valussions pis. Et je leur disais ainsi , que si j'en voulais faire au gré de Dieu, je demeurerais ici pour aider et défendre mon peuple*, car si je mettais mon corps en l'aventure du pèlerinage de la croix , là où je voyais tout clair que ce serait pour le mal et dommage de mes gens , j'en courroucerais Dieu, qui mit son corps pour sauver son peuple.
735. — 1 A, i'.!Vu'«. - 2 B et L, voy j A, verroie. — •' J'en couvrouceroic Dieu omis clans A.
736. Je entendi que tuit cil firent pechié mortel qui li loerent Talée, pour ce que ou point que il estoit en France, touz li royaumes estoit en bone paiz en li meismes et à touz ses voisins -, ne onques puis que il en parti, li estaz dou royaume ne fist que empirier.
737. Grant pechié firent cil qui li loerent Talée, à la grant flebesce là où ses cors estoit; car il ne pooit souffrir ne le charier, ne le chevauchier, La flebesce de li estoit si grans, que il souffri que je le portasse dès Tostel au conte d'Ausserre, là où je pris congié de li, jeusques aus Cordeliers, entre mes bras. Et si , febles comme il estoit, se il fust demourez en France, peust-il encore avoir vescu assez, et fait moût de biens et de bonnes œuvres ^
738. De la voie que il fist à Thunes ne vueil-je riens conter ne dire, pour ce que je n'i fu pas, la merci Dieu! ne je ne vueil chose dire ne mettre en mon livre de quoy je ne soie certeins. Si parlerons de nostre saint roy sanz plus , et dirons ainsi, que après ce que il fu arrivez à Thunes devant le chastel de Carthage, une maladie le prist dou flux dou ventre (et Philippes, ses fiz aisnez , fu malades de fièvre carte , avec le flux dou ventre que li roys avoit ' ) , dont il acoucha au lit , et senti bien que il devoit par tens trespasser de cest siècle à Tautre.
739. Lors appela mon signour Phelippe son fil, etli commanda à garder, aussi comme par testament, touz les enseignemens que il li lessa , qui sont ci-après escrit en françois, lesquiex enseignemens fi roys escrist de sa sainte main, si comme Ton dist,
iaus fiz', la première chose que je t'enseing, si est que tu mettes ton
cuer en amer Dieu; car sans ce nulz ne puet astre sauvez. Garde-toy
de faire chose qui à Dieu desplaise, c'est à savoir pechié mortel; ain-
çois devroies soufrir toutes manières detormens^, que faire mortel
pechié.
741. Se Diex t'envoie adversité*, si le reçoif en patience et en rent grâces à
737. — ^ Et de bonnes œuvres omis dans A; B ajoute en ce monde.