‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 317 sur 467 · DERNIERES PAROLES DE SAINT LOUIS · texte numérisé non relu

DERNIERES PAROLES DE SAINT LOUIS

pleine connaissance , ainsi qu'il y parut : car pendant qu'on Toignait et qu'on disait les sept psaumes, il disait les versets à son tour.

756. Et j'ai ouï conter à monseigneur le comte d'Alençon, son fils, que quand il approchait de la mort, il appela les saints pour l'aider et le secourir, et spécialement monseigneur saint Jacques, en disant son oraison qui commence par Esto, Domine, c'est-à-dire: « Dieu, soyez sanctificateur et gardien de votre peuple. » Il appela alors à son aide monseigneur saint Denis de France, en disant son oraison qui veut dire : « Sire Dieu, donnez-nous que nous puissions « mépriser la prospérité de ce monde, de sorte que nous ne redou- « tions nulle adversité. »

757. Et j'ai ouï dire alors à monseigneur d'Alençon (que Dieu absolve!) que son père invoquait alors madame sainte Geneviève. Après, le saint roi se fit coucher en un lit couvert de cendre, et mit ses mains sur sa poitrine, et en regardant vers le ciel, rendit à notre Créateur son esprit, en cette heure même que le Fils de Dieu mourut pour le salut du monde sur la croix.

758. C'est une pieuse et digne chose de pleurer le trépas de ce saint prince, qui garda son royaume si saintement et si loyalement, et qui y fit tant de belles aumônes, et qui y mit tant de beaux établissements. Et ainsi que l'écrivain qui a fait son livre, et qui l'enlumine d'or et d'azur, ledit roi enlumina son royaume de belles abbayes qu'il y fit, et de la grande quantité d'hôtels-Dieu et de couvents de Prêcheurs, de Cordeliers et d'autres ordres religieux qui sont ci-devant nommés.

759. Le lendemain de la fête de saint Barthélémy l'apôtre , trépassa de ce siècle le bon roi Louis, en l'an de l'incarnation de Notre- Seigneur, l'an de grâce mil CC.LXX-, et ses os furent gardés dans un coffre et apportés et enfouis à Saint-Denis en France, là où il avait élu sa sépulture, auquel lieu il fut enterré, là où Dieu a depuis fait maint beau miracle pour lui , par ses mérites.

de piteuse; mais ce membre de phrase de'rive de Geoffroi de Beaulieu, où on lit : Pium quidem, et condigmim Jlere; je considère donc précieuse comme une faute de lecture, et je rétablis jt.-i/fe;(sc', traduction de pium. — 2 L, son peuple et royaume. — 3 A,Jist des mansions Dieu des.

759. — 1 Le 25 août. — -Le ms. A, au lieu de // donne le chiffre/. — 3 A, mil ce ei X. — ^ A omet et aportei. — a A omet puis.

4o8 HISTOIRE DE SAINT LOUIS.

760. Après ce, par le pourchas dou roy de France et par le commandement Tapostelle • , vint li ercevesques de Roan '" et frères Jehans de Samoys 3, qui puis fu evesques : vindrent à Saint-Denis en France, et là demeurèrent lonc-temps pour enquerre de la vie, des œuvres et des miracles dou saint roy * ; et on me manda que je alasse à aus, et me tindrent dous jours. Et après ce que il orent enquis à moy et à autrui, ce que il orent trouvei fu portei à la court de Rome:, et diligenment virent li apostelles ^ et li cardonal ce que on lour porta-, et selonc ce que il virent , il li firent droit ^ et le mistrent ou nombre des confesseurs'^.

76 1 . Dont grans joie fu et doit estre à tout le royaume de France, et grans honours à toute sa lignie qui à li vourront retraire de bien faire, et grans deshonours* à touz ceus de son lignaige qui par bones œvres ne^ le vourront ensuivre*, grans deshonours, di-je ^, à son lignaige qui mal voudront faire ^ car on les mousterra au doi , et dira Ton que li sains roys dont il sont estrait, feist envis une tel mauvestié.

762. Après ce que ces bones nouvelles furent venues de Rome, li roys donna journée Tendemain de la saint- Berthelemi, à laquel journée li sains cors fu levez. Quant li sains cors fu levez ', li arcevesques de Reins ^ qui lors estoit (que Diex absoille!), et mes sires Henris de Villers, mes niez 3, qui lors estoit archevesques de Lyon, le portèrent devant, et plusour autre'*, que arcevesque que evesque, après ^, que je ne sai nommer : ou chafaut que Ton ot establi fu portez.

763. Illec sermona frères Jehans de Samois; et entre les autres grans faiz que nostre sains roys avoit faiz , ramenteut Tun ^ des grans fais ~ que je lour avoie tesmoingniez par mon sairement, et que j'avoie veus', et dist ainsi :

760. — 1 Martin IV.— - Guillaume II de Flavacourt. — 3 n fut nommé évêque de Lisieux en 1299. L'enquête à laquelle il prit part se fit en 1282. — 4 A, enquerre la vie, des œuvres et de miracles. — s Boniface VIII. — <j En 1297. — 7 A, martirs confesseurs , mais le mot martirs est rayé (Voy. § 5).

CXLVII. Canonisation de saint Louis; son corps est levé de terre.

760. Après cela, à la poursuite du roi de France et par le commandement du pape , vint Tarchevêque de Rouen et frère Jean de Samois, qui depuis fut évèque : ils vinrent à Saint-Denis en France, et là ils demeurèrent longtemps pour faire l'enquête sur la vie, les œuvres et les miracles du saint roi*, et on me manda que j'allasse à eux, et ils me tinrent deux jours. Et après qu^ils se furent enquis près de moi et d'autres, ce qu'ils eurent trouvé fut porté à la cour de Rome; et le pape et les cardinaux virent soigneusement ce qu'on leur porta ; et selon ce qu'ils virent, ils lui firent droit et le mirent au nombre des confesseurs.

761 . De là fut et doit être grande joie à tout le royaume de France, et grand honneur à tous ceux de sa lignée qui lui voudront ressembler en faisant le bien , et grand déshonneur à tous ceux de son lignage qui par leurs bonnes œuvres ne le voudront pas iiniter ; grand déshonneur, dis-je, à ceux de son lignage qui voudront mal faire, car on les montrera au doigt, et Ton dira que le saint roi dont ils sont descendus eût répugné à faire une si mauvaise action.

762. Après que ces bonnes nouvelles furent venues de Rome, le roi assigna une journée au lendemain de la Saint- Barthélémy, à laquelle journée le saint corps fut levé. Quand le saint corps fut levé,l'archevêque de Reims qui était alors ( que Dieu absolve ! ) , et monseigneur Henri de Villars, mon neveu, qui était alors archevêque de Lyon, le portèrent d'abord, et plusieurs autres, tant archevêques qu'évêques, après, que je ne saurais nommer : il fut porté à l'échafaud que l'on avait établi.

763. Là prêcha frère Jean de Samois; et entre les autres grandes actions que notre saint roi avait faites, il rappela l'une des grandes actions dont je leur avais témoigné par mon serment, et que j'avais vues; et il dit ainsi:

761. — 1 A, /loueur. — -Ne omis dans A. — 3 Di-jc omis dans A.

762. — 1 Le 25 août 1298. — 2 Pierre Barbet. — 3 B et L omettent mes nie^. — 4 Autre omis dans A. — s Apres omis dans A.

763. — 1 A, l'en. — 2 B omet nostre sains roys jusqu'à gi-ans fais,

764. « Pour ce que vous puissiez veoir que c'estoit li plus loiaus « hom qui onques fust en son temps, vous vueil-je dire que il fu si « loiaus, car envers les Sarrazins vot-il tenir couvenant aus Sarra- « zins de ce que il lour avoit promis par sa simple parole; et se il « fust ainsi que il ne lour eust tenu, il eust gaignié ' dix mille livres c( et plus. » Et lour recorda tout le fait si comme il est ci-devant escriz-. Et quant il lour ot le fait recordei , si dist ainsi : « Ne cuidiés (c pas que je vous mente*, que je voi tel home ci qui ceste chose m'a « tesmoignie par son sairement. «

765. Après ce que li sermons fu faillis, li roys et sui frère ' en reportèrent le saint cors en Tesglîse par l'aide de lour lignaige, que il durent faire honnour; car grans honnours lour est faite, se en aus ne demeure, ainsi comme je vous ai dit devant. Prions à li que il vueille prier à Dieu que il nous doint ce que besoing nous vert, aus âmes et aus cors. Amen!

766. Encore vueil-je ci-après ' dire de nostre saint roy aucunes choses qui seront à Tonnour de li , que je veis de li en mon dormant ~ : c'est à savoir que il me sembloit en mon songe que je le véoie devant ma chapelle à Joinville*, et estoit, si comme il me sembloit, merveillousement liez et aises de cuer; et je-meismes estoie moût aises pour ce que je le véoie en mon chastel , et li disoie : « Sire , « quant vous partirés de ci , je vous herbergerai à une moie maison (c qui siet en une moie ville qui a non Chevillon. » Et il me respondi en riant, et me dist : « Sire de Joinville, foi que doi vous, je ne bé « mie si tost à partir de ci. »

767. Quant je me esveillai, si m'apensai-, et me sembloit que il plaisoit à Dieu et à li que je le herberjasse en ma chapelle, et je si ai fait; car je li ai establi un autel à Tonnour de Dieu et de li, là où Ton chantera à tous jours mais en Thonnour de li ' •, et y a rente perpetuelment establie pour ce faire. Et ces choses ai- je ramentues à

764. — 1 A, // leur eust tenu, il eust perdu. — - Voy. C 21 et 387,

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