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MORT DE SAINT LOUIS. 4o5
royaume dans l'état et dans la franchise où tes devanciers les ont gardées ; et s'il y a quelque chose à amender, amende-le et redresse-le, et tiens-les en faveur et en amour; car, à cause de la force et des richesses des grandes villes, tes sujets et les étrangers redouteront de rien faire contre toi, spécialement tes pairs et tes barons.
ySo. Honore et aime toutes les personnes de la sainte Église, et prends garde qu'on ne leur enlève ni diminue les dons et les aumônes que tes devanciers leur auront donnés. On raconte du roi Philippe, mon aïeul, qu'une fois un de ses conseillers lui dit que ceux de la sainte Église lui faisaient beaucoup de torts et d'excès, en ce qu'ils lui enlevaient ses droits et diminuaient ses justices ; et c'était bien grande merveille qu'il le souffrît. Et le bon roi répondit qu'il le croyait bien ; mais il considérait les bontés et les courtoisies que Dieu lui avait faites : alors il aimait mieux laisser aller de son droit qu'avoir débat avec les gens de la sainte Eglise.
ySi. A ton père et à ta mère porte honneur et respect, et garde leurs commandements. Donne les bénéfices de la sainte Église à des personnes de bien et de vie nette; et fais-le par le conseil de prud'hommes et d'honnêtes gens.
752. Garde-toi d'entreprendre la guerre, sans grande délibération, contre un prince chrétien; et s'il te le faut faire, alors garde la sainte Église et ceux qui ne t'ont fait aucun tort. Si des guerres et des débats s'élèvent entre tes sujets, apaise-les au plus tôt que tu pourras.
753. Sois soigneux d'avoir de bons prévôts et de bons baillis, et enquière-toi souvent d'eux et de ceux de ton hôtel, comme ils se maintiennent, et s'il y a en eux aucun vice de trop grande convoitise, ou de fausseté, ou de tromperie. Efforce-toi d'ôter de ton royaume tous vilains péchés; spécialement fais tomber de tout ton pouvoir les vilains serments et l'hérésie. Prends garde que les dépenses de ton hôtel soient raisonnables.
754. Et enfin, très-doux fils, fais chanter des messes pour mon âme et dire des oraisons par tout ton royaume; et octroie-moi une part spéciale et entière en tout le bien que tu feras. Beau cher fils, je te donne toutes les bénédictions qu'un bon père peut donner à un fils. Et que la bénite Trinité et tous les saints te gardent et défendent de tous maux ; et que Dieu te donne la grâce de faire toujours sa volonté, de sorte qu'il soit honoré par toi, et que toi et moi nous puissions, après cette vie mortelle, être ensemble avec lui, et le louer sans fin. Amen.
755. Quand le bon roi eut enseigné son fils monseigneur Philippe, la maladie qu'il avait commença à croître fortement; et il demanda les sacrements de la sainte Église, et les reçut avec l'esprit sain et en
75 1. — 1 B omet et si le/ai jusqu'à gens. 753. — 1 A, son. — -A omet toi.
entendement, ainsi comme il apparut : car quant Ton Tenhuiloit et on disoit les sept pseaumes, il disoit les vers d'une part K
756. Et oy conter mon signour le conte d'Alençon, son fil, que quant il aprochoit de la mort, il appela les sains pour li aidier et secourre, et meismement mon signour saint Jaque •, en disant s'oroison, qui commence : Esto, Domine; c'est-à-dire, « Diex, soyez- ((. saintefierres et garde de vostre peuple. « Mon signour saint Denis de France appela lors en s'aide, en disant s'oroison qui vaut autant à dire : « Sire Diex, donne-nous que nous puissons despire (c la prosperitei^ de ce monde, si que nous ne doutiens nulle adver- « sitei. »
757. Et oy dire lors à mon signour d'Alençon (que Diex absoille!) que ses pères reclamoit lors ma dame ^ sainte Geneviève-. Après, se fist li sains roys couchier en un lit couvert de cendre, et mist ses mains sus sa poitrine, et en regardant vers le ciel rendi ànostre Creatour son esperit , en celle hore meismes que li Fiz Dieu morut pour le salut dou monde ^ en la croiz *.
758. Piteuse ' chose et digne est de plorer le trespassement de ce saint prince, qui si saintement et loialment garda son royaume ~, et qui tant de bêles aumosnes y fist, et qui tant de biaus establissemens y mist. Et ainsi comme li escrivains qui a fait son livre, qui Tenlumine d'or et d'azur, enlumina li diz roys son royaume de belles abbaïes que il y fist , et de la grant quantitei de maisons Dieu et de maisons des 3 Preescheours, des Cordeliers et des autres religions qui sont cidevant nommées.
759. L'endemain ' de feste saint Berthemi Tapostre, trespassa de cest siècle li- bons roys Loys , en Tan de Tincarnacion Nostre Signour, Tan de grâce mil CC. LXX 3, et furent sui os gardei en un escrin et aportei ^ et enfoui à Saint-Denis en France , là où il avoit eslue sa sépulture, ouquel lieu il fu enterrez, là où Diex a puis ^ fait maint biau miracle pour li, par ses désertes.
756. — 1 Voy. § 70. — 2 A, soit. — 3 A, l'asprete'; B et L, la propriété.
757. — 1 Que Dieu absoille et lors ma dame omis dans A. — - Voy. § 70. — 3 A omet pour le salut dou monde. — ■* Sur ces détails recueillis de la bouche du comte d'Alençon, Voy. § 4.
758. — 1 Le paragraphe 758 manque dans B. Les manuscrits A et L portent précieuse au lieu