NECESSITE DE LA FOI
771. Or disons donc que la foi est une vertu qui fait croire fermement ce que Thomme ne voit ni ne sait excepté par ouï-dire, ainsi que nous croyons nos pères et nos mères de ce qu'ils disent que nous sommes leurs fils ; et pourtant nous n'en avons pas d'autre certitude. Donc nous devons croire plus fermement que nulle autre chose terrestre les points et les articles lesquels nous sont témoignés et enseignés de la bouche du Tout-puissant, par tous les saints du vieux Testament et du nouveau.
772. Quant à croire ce qu'on ne voit pas, le roi Louis (que Dieu absolve !) me dit une haute parole, que le comte de Montfort, celui qui fut père de madame de Nesle, avait dite aux Albigeois. Ceux du pays vinrent à lui et lui dirent qu'il vînt voir le corps de Notre- Seigneur, qui était venu en chair et en sang. Et il leur dit : « Allez le « voir vous qui ne le croyez pas; car en mon endroit, je le crois bien « sous le pain et sous le vin, ainsi que sainte Église me l'enseigne. »
773. Et ils lui demandèrent ce qu'il y perdrait s'il le venait voir-, et il leur dit que s'il le voyait face à face et le croyait, il n'en aurait point de récompense; et il dit que s'il croyait ce que Dieu et les saints lui enseignaient, il en attendait plus grande récompense et plus grande couronne au ciel que de toutes autres bonnes œuvres qu'il pourrait faire en cette mortelle vie.
774. Or nous voyons donc qu'il y a deux choses qu'il nous faut pour nous sauver, c'est à savoir : faire de bonnes œuvres et croire fermement. Quant à faire de bonnes œuvres, le roi Louis m'apprit que je ne fisse ni ne disse rien que, si tout le monde le savait , je ne l'osasse bien faire et dire; et il me dit que cela suffisait à l'honneur du corps et au salut de l'âme.
775. Quant à croire fermement, le roi me dit que l'ennemi s'efforce tant qu'il peut de nous ôter de la ferme croyance ; et il m'enseigna que quand l'ennemi m'enverrait aucune tentation touchant le sacrement de l'autel ou aucun autre point de la foi, que je disse : « Ennemi, ((■ tu perds ta peine; car, avec l'aide de Dieu, tu ne m'ôteraspas de la