DU VÊTEMENT
était « un vêtement du même genre que la housse; J'ignore , dit M. Qui- « cherat, en quoi consistait au juste la différence ». Joinville parle des cottes et des hargaus de drap vert qu'il fit tailler à quarante chevaliers de la cour de Champagne, au moment où ils turent ramenés d'Egypte par Jean de Valenciennes (§ 467).
La chape était « un manteau droit, qui se posait sur les épaules ets'atta- « chait sur la poitrine par une bride ou par une agrafe « . Parmi les personnages représentés sur le sceau de Nîmesen 1226, il en est un qui porte une chape (figure 27) attachée avec un fermail ou « agrafe à large face ». Dieu le Père, sur la miniature i5 du Credo, et le prophète Sophonias, sur la miniature 22, sont représentés avec une chape. Le sceau de Nimes, déjà cité tout à l'heure, fait voir un autre personnage, vêtu nonplusdela chape, mais du manteau (figure 28) : k ce nom désignait le manteau à l'antique, « que l'on agrafait sur l'épaule droite et qu'on relevait sur le bras gau- « che. » Ici le manteau est agrafé sur l'épaule gauche, parce que le graveur du sceau a commis une erreur dont les exemples ne sont pas rares, en ne calculant pas que les objets placés à droite sur la matrice seraient transportés à gauche sur l'empreinte. La miniature du frontispice montre plus exactement le manteau royal attaché sur l'épaule droite , et disposé de manière à pouvoir se relever sur le bras gauche.
On distingue parfaitement sur la même miniature la coiffe de Joinville. Elle est assez semblable à celle que l'on voit sur un sceau de i32i, portée par un des jurés de DouUens (figure 29). C'était « un petit béguin « de toile blanche avec des pattes qui s'attachaient sous le menton. Cette « coiffure était particulière aux hommes : ils la portaient sous le chapeau « ou sous le chaperon «. Mais on pouvait avoir le chapeau sans coiffe, comme était saint Louis dans le costume qu'il portait quelquefois pour rendre la justice (§ 60).
Le chaperon, « coiffure commune aux hommes et aux femmes, était un « petit capuchon de la forme de ce que nous appelons domino. » Le chaperon d'un des jurés de DouUens (figure 3o) ne diffère pas beaucoup de ceux des sergents à masse représentés sur la miniature du frontispice: celui de Joinville est rejeté en arrière et ne s'aperçoit pas distinctement.
«. Les chapeaux du treizième siècle étaient en feutre de poils , de laine « ou de coton. » On voit sur le sceau de la ville de Metz, en 1297 (figure 3i), une coiffure qui donne l'idée exacte de l'aspect que devait avoir le chapeau de coton , « coiffure en forme de mortier, sur le sommet de lace quelle se dressait une petite pointe comme une virgule ». Quand il
tint sa cour plénière à Saumur, saint Louis était coiffé d'un chapeau de coton, qui, au dire de Joinville, il lui allait fort mal (§ 94). Qu'était-ce que le chapeau de paon blanc qu'il portait , dans une circonstance moins solennelle (§ 60), inoiit bien peigné et sans coife PM. Quicherat ne sait pas s'il différait des autres par la forme ; mais « il devait son nom à ce qu'il était « garni extérieurement de bouts de plumes de paon couchées à plat sur o l'étoffe ». Quant au chapeau d'or, qui nous ramène aux magnificences de la cour plénière (§ g3), c'était « un diadème d'orfèvrerie que l'on por- « tait sur la chevelure ». Voici enfin deux coiffures , dont l'une , semblable à nos calottes , était portée par un échevin de Soissons en 1228 (figure 32); l'autre appartenait à un des échevins de Compiègne au treizième siècle (figure 33). C'est probablement une des plus modestes coiffures du temps qui se voit gisant à terre, sur le sceau de Jean Poilevilain (n" i).
Joinville parle plusieurs fois du turban des Sarrasins, mais sans employer une dénomination qui soit particulière à cette coiffure. Le mot touaille , dont il se sert, signifie proprement une pièce de toile, et tout en l'appliquant à désigner le turban (§ 3 10 , 374 et 549) , il l'applique aux voiles des vaisseaux (§ 146), à la toile placée sous les pieds de trois ménétriers qui faisaient le saut périlleux (§ 5 26), à la nappe servant à envelopper les camelins que la reine prit pour des reliques (§ 601). Il s'en sert encore pour désigner deux coiffures bien différentes du turban , celle d'une suivante de la reine (§ 645), et celle des Bédouins (§ 252).
C'est par la même raison qu'ayant à parler de l'habillement des Bédouins , il a recours à des comparaisons et à des expressions tirées de sa propre langue, disant qu'ils ont de grandes pelisses, qui leur couvrent tout le corps, les jambes et les pieds (§ 2 5o), et qu'ils sont presque tous vêtus de surplis comme les prêtres (§252). Les surplis des prêtres étaient un « habit d'église analogue à celui qui porte aujourd'hui le même nom « mais non pas identique , car le surplis du moyen âge avait des manches. « Les ailes du surplis actuel sont une réminiscence des manches de l'an- « cien, qui devinrent d'une largeur extrême à la fin du moyen âge. »
La chasuble dont parle Joinville (§§ 731 et 732) différait aussi de la chasuble moderne, comme il est facile de le voir sur le sceau de Gui de Mello, évêque d'Auxerre de 1247 à 1270 (n" 34), le même qui adressa la parole à saint Louis au nom des prélats de France (§§ 6 1 et 670). Au lieu d'être coupée comme aujourd'hui à la hauteur des épaules, elle descendrait jusqu'à l'avant-bras , si les mains de l'évêque n'étaient relevées, la droite pour bénir, la gauche pour tenir la crosse. La partie delà chasuble