‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 374 sur 467 · DU VETEMENT · texte numérisé non relu

DU VETEMENT

cheval et à ses armes (§ 5o5). Joinville s'imposa lui-même la pénitence volontaire d'accomplir un pèlerinage en chemise et sans chausses le jour où il quittait son château en partant pour la croisade (§ 122). En cette occasion il se sert du mot langes, qui désigne « un vêtement de dessous , « équivalent de la chemise, mais d'une étoffe de laine. Les tisserands « de lange, à Paris , étaient les tisseurs de drap et de serge , tandis que les « tisserands proprement dits s'appelaient tisserands de linge. »

Quand le sergent et l'orfèvre dont il vient d'être question subirent leur peine en présence de Joinville (§ 5ioet 685), l'un et l'autre portaient avec leurs chemises des braies, ou « caleçon flottant qui s'attachait sur les « flancs par une ceinture appelée braier ». Ce sont des braies que portent les deux larrons représentés dans la huitième miniature du Credo ^ .

Les chausses ou « habillement des jambes, les bas du français mo- « derne » , se quittaient aussi en signe de pénitence ou de punition. Joinville n'avait pas de chausses quand il fit son pèlerinage avant de partir pour la croisade (§ 122); la même circonstance est signalée expressément, en deux passages différents, pour des coupables atteints en Terre sainte par la justice de saint Louis (§ 5 10 et 5 1 2); elle peut se conclure implicitement de deux autres récits de Joinville (§ 5o5 et 685). Les chausses pouvaient être garnies de semelles ou sémelées comme celles de Joinville dans la miniature du frontispice : elles remplaçaient alors à la fois les bas et ce que nous appelons la chaussure. Il n'est-pas question de souliers dans Joinville, mais seulement de bottes ou heiises (§ 291), qI d'estivaux, « sorte de brodequin léger, principalement à l'usage des cavaliers « (§ 117) ».

La cotte était « une tunique de dessous toujours garnie de manches ce étroites ». La quatorzième miniature du Credo représente la cotte de Joseph que deux de ses frères apportent à Jacob. On y voit distinctement l'ouverture par où passait la tête , et l'on peut remarquer aussi , sous la manche droite, une fente qui permettait de la laisser pendre sans y engager le bras; mais cette disposition n'était peut-être pas générale. Plusieurs passages de Joinville prouvent qu'en cas d'alerte on se contentait en sortant du lit de revêtir sa cotte , sans mettre ses chausses (§ 39, 3oo, 620 , 622 et 646). Le valet que Joinville rencontre en arrivant à Acre se présente à lui en cotte, et probablement sans pardessus, puisque Joinville se rappelle si bien que c'était une étoffe vermeille à deux raies jaunes

1 Vo}'. ci-après Eclaircissements, i5.

(§408). Il ne paraît pas que Joinville lui-même eût alors un pardessus ; car il rapporte qu'invité à manger chez le roi il y alla avec le corset qu'on lui avait fait dans sa prison des rognures de sa couverture (§ 409). Or le corset était « un habit de dessous , commun aux hommes et aux femmes , « que je crois, dit M. Quicherat, n'avoir différé de la cotte que parce « qu'il était moins ample ». Il est probable que Joinville n'aurait point parlé de ce corset s'il avait eu quelque vêtement à mettre par-dessus. Il mentionne ailleurs un autre habit de dessous, c'est la pelisse, « fource reau sans manches qui se mettait par-dessus la chemise ». Les grandes pelisses des Arabes (car c'est à leur occasion que le nom de ce vêtement paraît dans Joinville) pouvaient être plus amples que les pelisses ordinaires (§ 2 5o).

Parmi les pardessus, il n'y en avait pas qui fût d'un usage plus général que le surcot, « tunique que l'on mettait par-dessus la cotte : il y « avait des surcots sans manches , d'autres avec des manches longues ou « des demi-manches, d''autres avec des fausses manches ou ailes ».Sur la miniature du frontispice, le surcot de Joinville a des manches larges qui s'arrêtent un peu au-dessous du coude, et qui laissent apercevoir les manches de la cotte , plus longues et plus étroites , mais de même nuance. Un des sergents à masse porte un surcot bleuâtre à manches larges, sur une cotte qui rappelle celle de Joinville pour la forme et la nuance des manches. Dans le bas sont deux personnages, dont l'un est agenouillé, ayant un surcot bleu sur une cotte à manches rouges; l'autre, qui est debout, a un surcot rouge sur une cotte de couleur sombre. On ne voit pas la trace de la courroie ou « ceinture qui se posait par-dessus le surcot; » mais on l'aperçoit assez distinctement, dans la septième miniature du Credo, sur les surcots des deux personnages qui sont debout derrière la Sainte Vierge. M. Quicherat conjecture que le surcot à manger du paragraphe iSy pourrait être un surcot à manches, parce que les copistes auraient confondu le vieux mot manges avec le verbe manger. Ma seule objection contre cette conjecture est que Joinville emploie le motmanches ( et non manges ) quand il parle du surcot sans manches avec lequel saint Louis venait quelquefois au jardin de Paris (§ 60).

La housse était « un pardessus fendu de haut en bas sur les côtés et « qui ressemblait assez à la dalmatique actuelle des diacres ». Joinville est représenté, sur la miniature du frontispice, portant une housse bleue ornée de ses armoiries en or, et fourrée ou doublée de rouge. Saint Louis portait une housse de soie le jour où il fut fait prisonnier (§ Boq). Lehargau

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