XII. Comment saint Louis rendait la justice
57. Le roi n'oublia pas cet enseignement-, mais gouverna sa terre bien et loyalement et selon Dieu, ainsi que vous l'entendrez ciaprès. Il avait sa besogne réglée en telle manière que monseigneur de Nesle et le bon comte de Soissons, et nous autres qui étions autour de lui, qui avions ouï nos messes, allions ouïr les plaids de la porte, qu'on appelle maintenant les requêtes.
57. — 1 Simon, sire de Nesle, qui fut un des régents du royaume pendant la seconde croisade de saint Louis. — 2 Jean II de Nesle, dit le Bon et le Bègue, comte de Soissons, de 1237 à 1270. Il était cousin germain de Joinvillc.
58. Et quant il revenoit dou moustier, il nous envoioit querrc, et s'asseoit au pié de son lit, et nous fesoittouz asseoir entour li, et nous demandoit se il y en avoit • nulz à délivrer que on ne peust délivrer sanz li -, et nous les ~ li nommiens , et il les faisoit envoler querre ^ , et il lour demandoit : « Pourquoy ne prenez-vous ce que nos gens vous « offrent? » Et il disoient : « Sire, que il nous offrent pou^, » Et il lour disoit en tel manière : « Vous devenez bien ce penre que « l'on vous voudroit faire =". » Et se traveilloit ainsi li sainz hom, à son pooir, comment il les metteroit en droite voie et en raisonnable ^.
59. Maintes foiz avint que en estei il se ' alloit seoir ou bois de Vinciennes après sa messe, et se acostoioit à un chesne, et nous fesoit seoir entour li. Et tuit cil qui avoient afaire venoient parler à li, sanz destourbier de huissier ne d'autre. Et lors il lour demandoit de sa bauche : « A-il ci nuUui qui ait partie? » Et cil se levoient qui partie avoient. Et lors il disoit : « Taisiés-vous tuit , et on vous « deliverra l'un après Tautre. » Et lors il appeloit mon signour Perron de Fonteinnes et mon signour Geffroy de Villete', et disoit à l'un d'aus : « Delivrez-moy ceste partie. »
60. Et quant il véoit aucune chose ' à amender en la parole de ceus qui parloient pour li , ou en la paroUe de ceus qui parloient pour- autrui, il-meismes Tamendoit de sa bouche. Je le vi aucune foiz, en estei, que pour délivrer sa gent il venoit ou jardin de Paris, une cote de chamelot^ vestue, un seurcot* de tyreteinne^ sanz manches, un mantel de cendal noir entour son col, moût bien pigniez et sans coife, et un chapel de paon blanc ^ sus sa teste. Etfesoit estendre tapis pour nous seoir entour li ; et touz li peuples qui avoit afaire par devant li, estoit entour li en estant'. Et lors il les faisoit délivrer, en la manière que je vous ai dit devant dou bois de Vinciennes.
58. — 1 A, tl y avoit. — 2 A omet les. — 3 B et h^faisoit- aller querre. — ■! B et L, trop peu. — 3 A, bien cepretlre qui le vous voudroit faire ; L, bien prendre ce que l'on vous vouldra (B, vouldroit) faire. — 6 BetL, et en amour.
59. — 1 S^'omis dans A. — - L'un est céltbrd comme jurisconsulte , l'autre fut bailli de Tours en 1261 et 1262.