‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 39 sur 467 · SAINT LOUIS RENDANT LA JUSTICE · texte numérisé non relu

SAINT LOUIS RENDANT LA JUSTICE

58. Et quand il revenait de l'église, il nous envoyait quérir, et s'asseyait au pied de son lit, et nous faisait tous asseoir autour de lui, et nous demandait s'il y en avait aucuns à expédier qu'on ne pCit expédier sans lui; et nous les lui nommions, et il ordonnait de les envoyer quérir, et il leur demandait : « Pourquoi ne prenez-vous a pas ce que nos gens vous offrent? » Et ils disaient : « Sire, c'est <( qu'ils nous offrent peu. « Et il leur disait ainsi : « Vous devriez (( bien prendre ce que Ton vous voudrait offrir. » Et le saint homme s'efforçait ainsi , de tout son pouvoir, de les mettre en voie droite et raisonnable.

59. Maintes fois il advint qu'en été il allait s'asseoir au bois de Vincennes après sa messe, et s'accotait à un chêne, et nous faisait asseoir autour de lui. Et tous ceux qui avaient affaire venaient lui parler, sans empêchement d'huissier ni d'autres gens. Et alors il leur demandait de sa propre bouche : « Y a-t-il ici quelqu'un qui ait sa partie? « Et ceux qui avaient leur partie se levaient. Et alors il disait : « Taisez-vous tous, et on vous expédiera l'un après l'autre. » Et alors il appelait monseigneur Pierre de Fontaines et monseigneur Geoffroi de Villette, et disait à l'un deux : « Expédiez-moi cette partie. »

Go. Et quand il voyait quelque chose à amender dans les paroles de ceux qui parlaient pour lui, ou dans les paroles de ceux qui parlaient pour autrui, lui-même l'amendait de sa bouche. Je vis quelquefois, en été, que pour expédier ses gens il venait dans le jardin de Paris, vêtu d'une cotte de camelot, d'un surcot de tiretaine sans manches, un manteau de taffetas noir autour de son cou, très-bien peigné et sans coiffe, et un chapeau de paon blanc sur sa tête. Et il faisait étendre des tapis pour nous asseoir autour de lui; et tout le peuple qui avait affaire par-devant lui, se tenait autour de lui debout. Et alors il les faisait expédier de la manière que je vous ai dite avant pour le bois de Vincennes.

60. — 1 B etL, ef quant il oyoit qu'il y avait quelque chose. — - Les mots // ou en jusqu'à pour manquent dans A. — 3 Tissu soie et laine. — 4 B et L, sercot. — s Tissu laine et fil. — 6 Sur ces différentes parties du vêtement, la cote, le surcot , le manteau, la coiffe et le chapeau de paon blanc, voy. Eclaircissements, 3.— 7 B et L omettent les mots et toui H peuples jusqu'à entour H en estant.

61 . Je le revi une autre foiz à Paris, là où tuit li prélat de France le mandèrent que il vouloient parler à li-, et li roys ala ou palaiz pour aus oïr'. Et là estoit li evesques Guis d'Aù'sserre, qui fu fiz mon signour Guillaume de Mello ; et dist au roy pour touz les prelaz en tel manière : « Sire, cist signour qui ci sont, arcevesque, <( evesque, m'ont dit que je vous deisse que la crestientés, qui deust « estre gardée par vous, se périt entre vos mains. » Li roys se seigna quant il oï la parole-, et dist : « Or me dites comment ce « est. »

62. « — Sire, list-il, c'est pour ce que on prise si pou les ex- « commeniemens hui et le jour, que avant se laissent les gens « morir excommeniés que il se facent absodre , et ne veulent faire (c satisfaction à l'Esglise. Si vous requièrent, sire, pour Dieu et « pour ce que faire le devez, que vous commandez à vos prevoz « et à vos baillis que touz ceux qui se soufferront escommeniez an et « jour, que on les contreingne par la prise de lour biens à ce que il « se facent absoudre. »

63. A ce respondi li roys que il lour commanderoit volentiers de touz ceus dont on le feroit certein que il eussent tort. Et li evesques dist que il ne le feroient à nul fuer, que il li devéissient la court de lour cause'. Et li roys li dist que il ne le feroit autrement •, car ce seroit contre Dieu et contre raison , se il contreignoit la gent à aus absoudre quant li clerc lour feroient tort.

64. ((. Et de ce, fîstli roys, vous en doing-je un exemple dou conte « de Bretaigne, qui a plaidié sept ans aus prelaz de Bretaingne touz « excommeniez , et tant a esploitié que li apostoles les a condempnez « touz. Dont se je eusse contraint le conte de Bretaingne , la pre- « miere année, de li faire absoudre, je me fusse meffaiz envers Dieu « et vers li. » Et lors se soufrirent li prélat; ne onques puis nen oy parler que demande fust faite des choses desus dites.

61. — 1 Voy. 2 669 à 671. — 2 Qui Jeitst estre gardée par vous, et quant il oi la parole omis dans A.

SAINT LOUIS RÉPONDANT AUX ÉVÊQUES. Sy

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