‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 380 sur 467 · VII. SUR UN DES SENS DU MOT FIEF · texte numérisé non relu

VII. SUR UN DES SENS DU MOT FIEF

our prévenir une erreur où quelques personnes pourraient tomber, il ne sera pas inutile de déterminer exactement le sens qu'a le mot jfe/dans le passage où Joinville rapporte que saint Louis acheta du comte de Champagne, moyennant quarante mille livres, le tief du comté de Blois, le hef du comté de Chartres, le fief du comté de Sancerre et le tief de la vicomte de Châteaudun. Par ce traité, conclu en 1234, le roi acquit non pas la propriété, mais ïhommage de ces trois comtés et de la vicomte de Châteaudun , dont les seigneurs cessèrent d'être vassaux du comte de Champagne pour devenir vassaux du roi de France. Une telle acquisition n'était pourtant pas purement honorifique; elle procurait, dans des cas déterminés, certaines redevances très-productives, notamment des droits de relief qui se payaient à chaque mutation de seigneur. Il est constaté, par exemple, qu'en i238 Thomas de Savoie dut payer à saint Louis, pour le relief du comté de Flandre, la somme de 3o,ooo livres parisis', ce qui équivaut à près de 760,000 francs. Mais une autre conséquence, plus importante encore, c'est que les vassaux devaient le service militaire à leurs seigneurs, en sorte qu'en cas de guerre le comte de Champagne aurait vu passer dans les rangs de l'armée royale des combattants qui jusqu'alors avaient suivi sa bannière. A la suite de la bataille de Taillebourg, saint Louis obtint un avantage du même genre en assurant à son frère, le comte de Poitiers, les fiefs que le comte de la Marche lui avait disputés les armes à la main (§ 98).

Les rois de France avaient aussi un autre moyen pour étendre leur suzeraineté, et par conséquent pour augmenter leur puissance militaire : c'était de concéder des rentes en fief y charge d'hommagc-lige. C'est ce que saint Louis fit pour Joinville, qui devint son homme ou son vassal à cause d'une rente perpétuelle de 200 livres tournois (environ 4o53 francs), à lui concédée par acte du mois d'avril i253 '^. C'est là ce qui explique pourquoi Joinville raconte, d'une part (§ 114), qu'en 1248 il refusa le serment à saint Louis, dont il n'était pas l'homme, et d'autre part, qu'après le retour de la croisade il obtenait auprès du roi, dans un procès.

1 Historiens Je France, t. XXI, p. 253. /'. — - Champollian, Documents historiques inédits, t. I, p. 620.

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