SUR LE MOT NOUVELLEMENT
successeur de Hugues IV. vécut jusqu'au mois de mars i3o6. Ce passage ainsi entendu se conciliait avec celui du § 108 ; il en résultait que Joinville écrivait après le mois de mars i3o5 et avant le mois de mars i3o6. J'évitais ainsi la contradiction où est tombé M. Daunou, qui, en se référant à la mort de Hugues IV, a dit ^ que Joinville écrivait ses mémoires peu après l'an 1272, tandis qu'à l'occasion de la mort ducomte de Flandre, il avait indiqué ^ la date de i3o5 , ce qu'il avait fait également en commentant le récit où il est question (§ 35) de Jean II duc de Bretagne comme d'un personnage encore vivant ^ Il aurait pu se rappeler en outre que la composition du livre de Joinville est nécessairement postérieure à 1272, puisqu'il y est cjucstion, dès les premières lignes, de la mort de la reine de Navarre, arrivée le 2 avril i3o5, avant que Joinville pût lui offrir l'ouvrage qu'elle l'avait prié d'entreprendre.
Voilà ce qui m'avait engagé à remplacer l'adverbe nouvellement par les mots eti dernier. On m'a objecté que cette locution n'est pas française , et qu'elle dénature le sens de l'adverbe employé par Joinville. Je reconnais qu'en effet j'avais fait fausse route.
Mais il y a moyen de concilier les données chronologiques du livre avec le sens ordinaire du mot nouvellement, si l'on suppose que le duc de Bourgogne, mentionné au § 555 comme mort nouvellement, est Robert II, arrière-petit-iils de Hugues III. Dans ce cas, Joinville se sera trompé d'une génération, ou bien il aura pris le mot aïeul dans le sens général d'ascendant. 11 en résultera qu'ayant commencé à écrire la vie de saint Louis du vivant de Jean II (§ 35), autrement dit avant le 18 novembre i3o5, il ne l'avait pas encore achevée à la mort de Robert 11 •(§ 555), c'est-à-dire au mois de mars i3o6.
A toutes ces données, qui se concilient facilement, les éditions de Joinville antérieures à la découverte du manuscrit de Bruxelles en joignaient d'autres, qui étaient inexplicables. L^ livre était dédié à un lils de saint Louis, du même nom que lui , qui lui avait succédé , et qui avait survécu à sa mère. Or saint Louis a eu pour successeur un fils du nom de Philippe, qui est mort en i 285, et à qui sa mère, Marguerite de Provence, a survécu jusqu'en I2g5. C'était un vrai chaos que Du Cange lui-même n'a pas tenté de débrouiller, et qui motivait les soupçons de la critique; les manuscrits que l'on possède aujourd'hui ont fait disparaître toutes ces contradictions.
1 Historiens de France, t. XX, p. 274, note 6. — - Ibid., p. 20S, 11. 3. — â Ibid., p. iy5, n. i5.