XVIII. EXTRAITS TEXTUELS DES MANUSCRITS
n réunissant ici quelques extraits textuels des trois manuscrits de Joinville , je me suis proposé surtout de déférer à un avis judicieux de M. Thurot, qui me fit observer qu'un fragment de quelque étendue était nécessaire pour donner une idée delà langueetde l'orthographe du manuscrit de Lucques. Il était naturel d'en user de même pour le manuscrit de M. Brissart-Binet, et à plus forte raison pour celui du quatorzième siècle. Le lecteur pourra ainsi constater que les changements introduits dans cette édition n'altèrent en rien les éléments essentiels des récits de Joinville. En outre, s'il veut bien prendre connaissance des notes qui accompagnent ces extraits , il reconnaîtra, par quelques faits nouveaux, que l'existence de l'orthographe plus ancienne à laquelle je me suis efforcé de ramener le texte de Joinville, est un fait
certain, dont la comparaison des différents manuscrits fournit de temps en temps des preuves incontestables.
Pour atteindre ce double but, j'aurais pu me borner à deux citations : j'aurais reproduit parallèlement pour un chapitre le texte du manuscrit le plus ancien et celui du manuscrit de Lucques ; j'aurais ensuite emprunté un autre chapitre au premier de ces manuscrits pour le mettre en regard du texte fourni par le manuscrit de M. Brissart-Binet. Mais il était nécessaire , pour que cette édition ne restât pas incomplète , d'y comprendre un morceau qui n'existe que dans le manuscrit de Lucques, et qui suffirait pour prouver que ce manuscrit dérive de l'exemplaire original de Joinville.
C'est une courte explication placée en regard de quatre petites miniatures peintes sur le verso d'un feuillet préliminaire qui sert de frontispice au volume. Au recto de ce feuillet, Joinville est représenté offrant son livre à Louis X , comme dans la miniature placée en tête du manuscrit du quatorzième siècle. Cette scène, qui remplit une page entière dans le manuscrit de Lucques, n'occupe dans l'autre que le haut de la page où commence le texte de l'Histoire. Dans le manuscrit de Lucques , au contraire , une autre page est encore remplie par les quatre petites miniatures dont je viens de parler, une troisième par l'explication qui les accompagne, et le texte de l'Histoire commence seulement au verso du second feuillet, un peu au-dessous d'une miniature représentant un clerc assis dans une bibliothèque où il écrit un livre, miniature qui manque aussi dans le manuscrit A.
On voit donc que dès le second feuillet l'ornementation du manuscrit de Lucques se présente sous un aspect tout différent. Après le frontispice où Joinville est représenté offrant son livre, il existe dans le manuscrit A une seule miniature , dont le sujet est la prise de Damiette. Quand même on voudrait voir dans cette miniature un équivalent de celle qui représente, à la page 58 du manuscrit de Lucques, la bataille de Mansourah, rien ne correspondrait à trois autres miniatures qui ornent encore ce manuscrit : à la page 6, saint Louis sur son lit de mort, enseignant son fils; à la page 77, la prise du roi ; à la page 119, son embarquement quand il revient de la Terre-Sainte. On doit croire que l'exemplaire de Joinville contenait ces différentes miniatures ; mais il est certain en tout cas qu'il renfermait les quatre miniatures reproduites au revers du feuillet préliminaire du manuscrit de Lucques, et en regard de ces quatre miniatures une explication dont le même manuscrit nous a conservé le texte