‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 399 sur 467 · TEXTE DU MANUSCRIT B · texte numérisé non relu

TEXTE DU MANUSCRIT B

Quant tout le payement fut fait , les conseillers* du roy qui le payment avoient fait vindrent à luy et luy dirent que les Sarrazins ne voulloient délivrer son frère jusques à tant qu'ilz eussent les deniers par devers eulx. Aucun du conseil y eut qui dist au roy qu'il n'estoit de cest advis qu'il leur livrast jusques ad ce qu'il eust son frère. Et le roy respondit qu'il leur delivreroit, car il leur avoit promys; et ilz luy retinssent les siennes convenances, s'ils cuydoient bien faire. Lors dist messire Philippes de Montfort au roy qu'on avoit

1 La leçon originale était le sujet singulier liconsaus, c'est-à-dire /e <ro?ist'//. Le copiste du seizième siècle a écrit et compris les conseillers, en mettant au pluriel les deux verbes suivants (avoient et vindrent). Le copiste du quatorzième siècle ne s'est pas mépris sur le sens, mais il a remplacé l'ancien sujet// consaus par /e conseil, en maintenant au singulier les deux verbes suivants {avoit et vint). Du reste, comme le sujet singulier est un de ces mots collectifs qui in-.pliquent l'idée du pluriel, il a entraîné la forme du pluriel pour le troisième verbe (distrent), et aurait pu, par conséquent, l'entraîner pour lesdeux autres.

EXiRAITS TEXTUELS DES MANUSCRITS.

lance de x. mile livres. Elle roy se courrouça trop fort, et dit que il vouloit que en leur rendist les x. mile livres pour ce que il leur avoit couvent à paier les ce. mile livres, avant que il partisistdu flum. Et lors je passé monseigneur Phelippe sus le pié, et dis au roy qu'il ne lecreust pas, car il ne disoit pas voir ; car les Sarrazins estoient les plus forconteurs qui feussent ou monde. Et monseigneur Phelippe dit que je disoie voir; car il ne le disoit que par moquerie. Et le roy dit que maie encontre eust tele moquerie :

<< Et vous commant, dit le roy à monseigneur Phelippe, sur la foy que me devez, comme mon home que vous estes, que se les x. mile livres ne sont paies, que vous les facez paier. »

Moult de gens avoient loué au roy que il se traisist en sa nef qui l'attendoit en mer, pour li oster des mains aus Sarrazins. Onques le roy ne volt nullui croire, ainçois disoit que il ne partiroit du flum aussi comme il l'avoit couvent, tant que il leur eust paie ce. mille livres. Si tost comme le paiement fu fait, le roy, sanz ce que nulz ne l'en prioit , nous dit que desoremez estoit sont (sic) serement quitez, et que nous nous partissions de là et alissons en la nef qui estoit en la mer. Lors s'esmut nostre galie, et alames bien une grant lieue avant que l'un ne parla à l'autre, pour la mesaise que nous avions du conte de Poitiers. Lors vint

forcompté aux Sarrazins une ballance de dix mil livres. Dont le roy se courrouça moult fort, et dist qu'il vouloit qu'on leur rendist, pour ce qu'il leur avoit promis à payer les ce. mil livres avant qu'il partist du fleuve. Et lors je marché monseigneur Philippe sur le pied, et dis au roy qu'il ne le creust pas, pour ce qu'il ne disoit pas vray; caries Sarrazins estoient les plus saiges compteurs qui feussent au monde. Et messire Philippe dist que je disoye vray, et qu'il ne le disoit que par goderie. Et le roy dist que malle encontre eust telle goderie : « Je vous commande, dist le roy sur la foy que vous me debvez, qui mes hommes' estez, que si les dix mille livres ne sont payées, que vous les faictes payer sans nulle faulte. »

Moult de gens avoient conseillé au roy qu'il se retirast en sa nef qui l'attendoit en mer pour le gecter hors des mains des Sarrazins. Oncques le roy n'en voullut nuUy croire, ains disoit qu'il ne partiroit du fleuve, ainsy qu'il avoit promis, tant qu'il leur eust ce. mil livres payées. Si tost comme le payement fut fait , le roy, sans ce que nul ne l'en prioit, noz dist que désormais estoient ses sermens quictés^, et que nous allissions en la nef qui estoit en la mer. Lors se esmeut nostre gallée, et allasmes bien une grande lieue devant que l'un parlast à l'autre, pour la malaise que nous avions de la prison du conte de Poitiers. Lors vint

1 La leçon originale était mes hom au sujet singulier. Trompé par la forme du possessif mes, qui da son temps ne s'employait plus qu'au pluriel, le copiste du seizième siècle a cru devoir mettre au pluriel le substantif hommes. Le copiste du quatorzième siècle a compris que les deux mots étaient au singulier, mais il en a rajeuni l'orthographe en écrivant mon home. — 2 II y avait dans le manuscrit original estoit ses seremens qiiitei (ou sairemens quitie;). Du verbe singulier estoit, le copiste du seizième siècle a fait un pluriel, croyant à tort que les trois mots suivants étaient au pluriel. Le copiste du quatorzième siècle y a rec onnu des singuliers, dont il a voulu rajeunir l'orthographe; mais, par étourderie, il a écrit sont au lieu de son, et a oublié de retrancher le j final du mot qiiite-{.

monseigneur Phelippe de Monfort en un galion, et escria au roy : « Sire, sire, parlés à vostre frère le conte de Poitiers, qui est en cel autre vessel. » Lors escria le roy : « Alume, alume ! » et si fist l'en. Lorsfu la joie si grant comme elle pot estre plus entre nous.

Le roy entra en sa nef, et nous aussi. Un povre pecherre ala dire à la contesse de Poitiers qu'il avoit veu le conte de Poitiers délivre, et elle li fist donner XX livres de parisis.

messire Philippe de Montfort en ung galliot, et escrya le roy : « Sire, sire, parlez à vostre frère le conte de Poictiers, qui est en cest aultre vaisseau. » Lors escrya le roy : « Allume , allume ! » ce que on fist. Lors fiât la joyesi grande comme elle peut plus estre entre nous.

Le roy entra en sa nef, et nous aussi. Ung pauvre pescheur alla dire à la contesse de Poictiers qu'il avoit veu le conte de Poictiers délivrer, et elle luy fist donner vingt livres parisis.

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