XIV. Loyauté de saint Louis
65. La paix qu'il fit avec le roi d'Angleterre, il la fit contre la volonté de son conseil, lequel lui disait : « Sire, il nous semble que « vous perdez la terre que vous donnez au roi d'Angleterre, parce « qu'il n'y a pas droit; car son père la perdit par jugement. » Et à cela le roi répondit qu'il savait bien que le roi d'Angleterre n'y avait pas droit; mais il y avait une raison pour quoi il la lui devait bien donner. « Car nous avons pour femmes les deux sœurs, et nos « enfants sont cousins germains; c'est pourquoi il importe bien que « la paix soit entre eux. Il y a pour moi très-grand honneur dans « la paix que je fais avec le roi d'Angleterre, parce qu'il est mon « homme, ce qu'il n'était pas avant. »
66. On peut voir la loyauté du roi dans le fait de monseigneur Renaud de Trie, qui apporta au saint homme une charte, laquelle disait que le roi avait donné aux héritiers de la comtesse de Boulogne, qui était morte nouvellement, le comté de Dammartin en Goèlc. Le sceau de la charte était brisé, de sorte qu'il n'y avait de reste que la moitié des jambes de l'image du sceau du roi, et l'escabeau sur quoi le roi tenait ses pieds. Et il nous le montra à tous qui étions de son conseil, et dit que nous l'aidassions à prendre un parti.
67. Nous dîmes tous, sans nul désaccord, qu'il n'était tenu en rien de mettre la charte à exécution. Et alors il dit à Jean Sarrasin, son chambellan, qu'il lui baillât la charte qu'il lui avait demandée. Quand il tint la charte, il nous dit : « Seigneurs, voici le sceau dont « j'usais avant que j'allasse outre-mer, et on voit clairement par ce « sceau que l'empreinte du sceau brisé est semblable au sceau en- « tier; c'est pourquoi je n'oserais en bonne conscience retenir ledit cf comté. » Et alors il appela monseigneur Renaud de Trie, et lui dit : « Je vous rends le comté. »
66. — 1 Rcnjut et apporta omis dans A. Joinville s'est trompe de nom :il devait dire Mathieu
de Trie.— - Mahaut, comtesse de Boulogne, morte en janvier i258. Voy. Eclaircissements, 6.
67. — 1 L ajoute ce qu'il Jist et la luy apporta; B ajoute seulement ce qu'il Jisl. — 2 A omet le.
'n non de Dieu le tout-puissant, avons ci-ariere escriptes partie de bones paroles et de bons enseignemens nostre saint roy Looys, pour ce que cil qui les orront les truissent les unes après les autres, par quoi il en * puissent
miex faire lour profit que ce que elles fussent escriptes entre ses- faiz.
Et ci après commencerons de ses faiz, en non de Dieu et en non
de 11.
69. Aussi comme je li oy dire, il fu nez le jour saint Marc euvangeliste après Pasques^ Celi jour porte l'on croix en processions- en moût de lieus, et en France les appelle Ton les croiz noires : dont ce fu aussi comme une prophecie de la grant foison de gens qui moururent en ces dous^ croisemens, c'est à savoir en celi de Egypte, et en l'autre là où il mourut en Garthage-, que maint grant duel en furent en cest monde, et maintes grans joies en sont en paradis, de ceus qui en ces dous* pelerinaiges moururent vrai croisié.
70. Il fu coronez le premier dymanche des Advens'. Li commencemens de celi dymanche de la messe si est. Ad te levavi animam meam, et ce qui s'en suit après:, et dit 2 ainsi : « Biaus Sire Diex, je « leveray m'amme à toy , je me fi en toy. » En Dieu ot moût grant fiance dès s'enfance*^ jusques à la mort; car là où il mouroit, en ses darrenieres paroles reclamoit-il Dieu et ses sains, et especialement mon signour saint Jaque* et ma dame sainte Geneviève''.
7 1 . Diex, en qui il mist sa fiance, le gardoit touz jours dès s'enfance jusques à la fin; et especialment en s'enfance le garda-il là où il li' fu bien mestier, si comme vous orrez ci-après. Gomme à l'ame de li , le garda Diex par les bons enseignemens de sa mère-, qui l'enseigna à
6S. — 1 A, que cil qui les orront en. — 2 A, ces.
69. — 1 Le 25 avril 1214. — ^ A, au processions, — 3 A, ce Jou^; B et L, ces deux. — ^ A, ce dou^ ; B et L, ces deux.