PREMIÈRES RÉVOLTES DES BARONS
mère, qui lui enseigna à croire et à aimer Dieu , et attira autour de lui toutes gens de religion. Et elle lui faisait, si enfant qu'il fût, ouïr toutes ses heures, et faire les sermons aux fêtes. Il rappelait que sa mère lui avait donné quelquefois à entendre qu'elle aimerait mieux qu'il fut mort, plutôt qu'il fît un péché mortel.
72. Grand besoin lui fut qu'il eut en sa jeunesse l'aide de Dieu-, car sa mère, qui était venue d'Espagne, n'avait ni parents ni amis dans tout le royaume de France. Et parce que les barons de France virent le roi enfant et la reine , sa mère , femme étrangère, ils firent du comte de Boulogne, qui était oncle du roi, leur chef, et ils le tenaient tout comme pour leur seigneur. Après que le roi fut couronné, il y eut des barons qui demandèrent à la reine qu'elle leur donnât de grandes terres-, et parce qu'elle n'en voulut rien faire, tous les barons s'assemblèrent à Corbeil.
73. Et le saint roi me conta que ni lui ni sa mère, qui étaient à Montlhéri, n'osèrent revenir à Paris jusques à tant que les habitants de Paris les vinrent quérir en armes. Et il me conta que depuis Montlhéri , le chemin était tout plein de gens en armes et sans armes jusques à Paris, et que tous criaient à Notrc-Seigneur qu'il lui donnât bonne et longue vie , et le défendit et gardât contre ses ennemis. Et ainsi fit Dieu, comme vous l'entendrez ci-après.
74. A ce parlenient que les barons firent à Corbeil, ainsi qu'on le dit , les barons qui furent là établirent que le bon chevalier le comte Pierre de Bretagne se révolterait contre le roi -, et ils convinrent encore que de leurs personnes ils iraient au mandement que le roi ferait contre le comte , et que chacun n'aurait avec lui que deux chevaliers. Et ils firent cela pour voir si le comte de Bretagne pourrait mater la reine, qui était femme étrangère, ainsi que vous Pavez ouï; et beaucoup de gens disent que le comte eiàt maté la reine et le roi , si en ce besoin le roi n'eiJt eu l'aide de Dieu , qui jamais ne lui faillit.
75. L'aide que Dieu lui donna fut telle, que le comte Thibaut de Champagne, qui depuis fut roi de Navarre, vint servir le roi avec trois cents chevaliers :, et à cause de l'aide que le comte donna au roi , il fallut que le comte de Bretagne se rendît à la merci du roi : d'où il
73. — 1 L, ne s'en osèrent aller. B omet ces mois et les suivants, jusqu'à Monleliery,
par pais faisant, la contée de Ango, si comme Ten dist, et la contée dou Perche.
76. Pour ce que il aftiert à ramentevoir aucunes choses que vous orrez ci-après, me couvient ^ laissier un pou de ma matière. Si dirons aussi que li bons cuens Henris li Larges ot de la contesce Marie, quifu suer au roy de France- et suer au roy Richart d'Angleterre, dous fiz , dont li ainsnez ot non Henri , et li autres Thybaut. Cis Henris, li ainsnez, en ala croisiez en la sainte Terre en pelerinaige, quant li roys Phelippes et li roys Richars assegierent Acre et la pristrent ^'.
77. Si tost comme Acre fut prise, li roy Phelippes s'en revint en France, dont il en fu moût blasmez; et li roys Richard demoura en la sainte Terre, et fist tant de grans faiz que li Sarrazin le doutoient trop, si comme il est escrit ou livre de la Terre sainte ', que quant li enfant aus- Sarrazins braioient, les femmes les escrioient et lour disoient : « Taisiez-vous, vez-ci le roy Richart ! » pour '^ aus faire taire. Et quant li cheval aus Sarrazins et aus Beduins avoient poour d'un bysson, il disoient à lour chevaus : « Cuides-tu que ce soit (c li roys Richars *? »
78. Cis ro3^s Richars pourchassa tant que il donna au conte Henri deChampaingne, qui estoit demourez avec H, la royne de Jérusalem, qui estoit droite hoirs ^ dou royaume. De la dite ro3me ot li cuens Henris dous filles, dont la première fu royne de Cypre , et l'autre ot messires Herars de Brienne, dont grans lignaiges est issus-, si comme il appert en France et en Champaingne. De la femme mon signour Erart de Brienne ne vous dirai-je ore riens*, ainçois vous parlerai de la 3ro3^ne de Cypre'*, qui affiert maintenant à ma matière^;, et dirons ainsi.
76. — 1 A, couvint. — - Philippe-Auguste, grand-père de saint Louis. — 3 i3 juillet 1191.
77. — 1 Voy. § 558. Ces traditions sont consignées dans YHistoire de Brades empereur (voy. Historiens occidentaux des croisades, t. H, p. 189). — - Au dans le ms. A. — 3 A, et pour. — 4 B et L, que le roy Richard y soit.