‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 46 sur 467 · RICHARD ET ALIX REINE DE CHYPRE · texte numérisé non relu

RICHARD ET ALIX REINE DE CHYPRE

laissa au roi , en faisant la paix , le comté d'Anjou, ainsi qu'on le dit , et le comté du Perche.

XVII. Croisade de Richard Cœur-de-Lion. Droits d'Alix, reine de Chypre,

sur la Champagne.

76. Parce qu'il importe de rappeler certaines choses que vous entendrez ci-après, il me faut laisser un peu ma matière. Nous dirons donc que le bon comte Henri le Large eut de la comtesse Marie, qui fut sœur du roi de France et sœur du roi Richard d'Angleterre, deux fils, dont l'aîné eut nom Henri , et l'autre Thibaut. Ce Henri, l'aîné, s'en alla croisé dans la Terre sainte en pèlerinage, quand le roi Philippe et le roi Richard assiégèrent Acre et la prirent.

77. Sitôt qu'Acre fut prise, le roi Philippe s'en revint en France, dont il fut fort blâmé;, et le roi Richard demeura en Terre sainte, et fit tant de hauts faits que les Sarrasins le redoutaient beaucoup , ainsi qu'il est écrit au livre de la Terre sainte , que quand les enfants des Sarrasins braillaient , les femmes leur criaient et leur disaient pour les faire taire: « Taisez-vous, voici le roi Richard!» Et quand les chevaux des Sarrasins et des Bédouins avaient peur d'un buisson, ils disaient à leurs chevaux : « Penses-tu que ce soit le <( roi Richard ? »

78. Ce roi Richard négocia tant qu'il donna au comte Henri de Champagne, qui était demeuré avec lui, la reine de Jérusalem, qui était héritière directe du royaume. De ladite reine le comte Henri eut deux filles, dont la première fut reine de Chypre, et l'autre épousa messire Érard de Brienne, dont un grand lignage est issu, ainsi que cela est connu en France et en Champagne. De la femme de monseigneur Érard de Brienne, je ne vous dirai rien à présent; mais je vous parlerai de la reine de Chypre , qui touche maintenant à ma matière; et nous dirons ainsi.

78. — 1 A, droit her; B et L, droictc héritière. — 2 B et L, sont yssiis. — 3 I^ manque dans A. — i Alix, fille de Henri II, comte de Champagne, et d'Isabelle, héritière d'Amauri I, roi de Jérusalem, devint reine de Chypre par son mariage avec Hugues de Lusignan. — s B et L, qui appartient à maintenir ma matière.

79. Après ce que li roys ot foulei le conte Perron de Bretaingne , tuit li baron de France furent si troublei envers le conte Tybaut de Ghampaingne , que il orent consoil de envoler querre la royne de Cypre , qui estoit fille de l'ainsnei fil de Ghampaingne , pour desheritier le conte Tybaut, qui estoit fiz dou secont fil de Ghampaingne.

80. Aucun d'aus s'entremistrcnt d'apaisier le conte Perron au dit conte Tybaut, et fut la chose pourparlée en tel manière que li cuens Tybaus promist que il penroit à femme la fille le conte Perron de Bretaingne '. La journée fu prise que li cuens de Ghampaingne dut la damoiselle espouser, et li dut-on amener, pour espouser, à une abbaïe de Premoustrei , qui est delez Ghastel-Thierri, que on appelle Val-Secré , si comme j 'entent. Li baron de France, qui estoient auques tuit parent le conte Perron , se penerent de ce faire, et amenèrent '^' la damoiselle à Val-Secré pour espouser, et mandèrent le conte de Ghampaingne, qui estoit à Ghastel-Thierri.

81. Et endementieres que li cuens de Ghampaingne venoit pour espouser, mes sires GefTroys de la Ghapelle vint à li de par le roy , atout une lettre de créance, et dist ainsinc : « Sire cuens de Ghampain- (c gne, li roys a entendu que vous avez convenances au conte Perron « de Bretaingne que vous penrez sa fille par mariaige. Si vous mande « liroys que se vous ne voulez perdre quanque vous avez ou royaume « de France , que vous ne le faites ; car vous savez que li cuens de « Bretaingne a pis fait au roy que nus hom qui vive. » Li cuens de Ghampaingne , par le consoil que il avoit avec li , s'en retourna à Ghastel-Thierry.

82. Quant li cuens Pierres et li baron de France oïrent ce, qui Tatendoient à Val-Secré, il furent tuit aussi comme desvei dou despit de ce que il lour avoir fait, et maintenant envolèrent querre la royne de Gypre. Et si tost comme elle fu venue , il pristrent un commun acort qui fu teix , que il manderoient ce que il pourroient avoir de

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