‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 48 sur 467 · LE PÈRE DE JOINVILLE DEFEND TROYES · texte numérisé non relu

LE PÈRE DE JOINVILLE DEFEND TROYES

côté de la France-, et que le duc de Bourgogne, qui avait pour femme la fille du comte Robert de Dreux , entrerait dans le comté de Champagne du côté de la Bourgogne. Et ils prirent jour où ils s'assembleraient par devant la cité de Troyes , pour prendre la cité deTroyes s'ils pouvaient.

83. Le duc manda tout ce qu'il put avoir de gens:, les barons mandèrent aussi ce qu'ils en purent avoir. Les barons vinrent brûlant et détruisant tout d'une part , le duc de Bourgogne de l'autre -, et le roi de France d'autre part, pour les venir combattre. Le déconfort du comte de Champagne fut tel que lui-même brûlait ses villes avant la venue des barons , pour qu'ils ne les trouvassent pas garnies. Outre les autres villes que le comte de Champagne brûlait , il brûla Épernay et Vertus et Sézanne.

XIX. Le père de Joinville défend Troyes. Paix entre le comte de Champagne et la reine de Chypre.

84. Les bourgeois deTroyes, quand ilsvirentqu'ilsavaientperdu le secours de leur seigneur, mandèrent à Simon seigneur de Joinville , le père du seigneur de Joinville qui est à présent , qu'il les vînt secourir. Et lui, qui avait mandé toutes ses gens en armes, partit de Joinville à la nuit, sitôt que ces nouvelles lui vinrent, et vint à Troyes avant qu'il fût jour. Et par là les barons faillirent dans le projet qu'ils avaient de prendre ladite cité^ et pour cela, les barons passèrent par devant Troyes sans faire autre chose , et s'allèrent loger dans la prairie d'Isle, là où le duc de Bourgogne était.

85. Le roi de France, qui sut qu'ils étaient là, se dirigea tout droit là pour les combattre; et les barons lui mandèrent et le prièrent que lui de sa personne se voulût bien retirer en arrière, et qu'ils iraient combattre le comte de Champagne et le duc de Lorraine , et le reste des gens du roi , avec trois cents chevaliers de moins que n'auraient le comte ni le duc. Et le roi leur manda

<S4- — ^ A, ces. — 2 Joinville intervertit les faits : la guerre eut lieu en i23o, deux ans avant la rupture du mariage, et trois ans avant l'arrive'e de la reine de Chypre. — 3 A omet sans autre chose faire. — 4 A, dcll's,

5o HISTOIRE DE SAINT LOUIS.

que ses cors ne fust avec. Et il renvoyèrent * à li et H mandèrent que il feroient volentiers entendre la royne de Cypre à paiz , se il li plaisoit. Et li roys lour manda que à nulle paiz il n'entenderoit, ne ne soufferroit que li cuens de Champaingne y entendist , tant que il eussent vuidie la contée de Champaigne.

86. Et il la vuidierent en tel manière que des Isles ' , là où il estoient •, il se- alerent logier dessous Juylli -, et li roys se loja à Isles, dont il les avoit chaciés. Et quant il seurent que li roys fu alez là , il s"'alerent logier à Chaorse -, et n'osèrent le roy atendre , et s'alerent logier à Laingnes, qui estoit au conte de Nevers, qui estoit de lour partie. Et ainsi li roys accorda le conte de ^ Champaingne à la royne de Chypre , etfu la paiz faite en tel manière que li diz cuens de Champaingne donna à la royne de Cypre entour dous mille livrées de terre , et quarante mille livres que li roys paia pour le conte de Champaigne.

87. Et li cuens de Champaigne vendi au roi, parmi les quarante mille livres, les fiez ci-après nommés : c'est à savoir le fié de la contée de Bloiz , le fié de la contée de Chartres , le fié de la contée de Sanserre, le fié de la vicontée de Chasteldun K Et aucunes gens si disoient que li roys ne tenoit ces devant diz fiez que en gaige-, mais ce n'est mie voirs, car je le demandai nostre saint roy Looys outre mer.

88. La terre que li cuens Tybaus donna à la royne de Cypre , tiennent ^ li cuens de Brienne qui oreest, et li cuens de Joigny, pour ce que Taïole le conte de Brienne fu fille à la royne de Cypre, et femme le grant conte Gautier de Brienne '.

89. Pour ce que vous sachiez dont cist fié que li sires de Champaingne vendi au roy , vindrent , vous faiz- je à savoir que li grans cuens

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