XVIII. Les barons attaquent Thibaut IV , comte de Champagne
79. Après que le roi eut maté le comte Pierre de Bretagne , tous les barons de France furent si irrités envers le comte Thibaut de Champagne, qu'ils résolurent d'envoyer quérir la reine de Chypre qui était fille du fils aîné de Champagne, pour déshériter le comte Thibaut, qui était fils du second fils de Champagne.
80. Quelques-uns d'entre eux s'entremirent pour réconcilier le comte Pierre avec le comte Thibaut, et la chose fut négociée en telle manière que le comte Thibaut promit de prendre pour femme la fille du comte Pierre de Bretagne. La journée fut prise où le comte de Champagne dut épouser la demoiselle , et on la lui dut amener, pour l'épouser, à une abbaye de Prémontré qui est près Château-Thierry, et qu'on appelle Val-Secret, ainsi que je le crois. Les barons de France, qui étaient presque tous parents du comte Pierre, prirent la peine de ce faire, et amenèrent la demoiselle à Val -Secret pour être épousée, et mandèrent le comte de Champagne , qui était à Château-Thierry.
81. Et pendant que le comte de Champagne venaitpour l'épouser, monseigneur Ceoffroy de la Chapelle vint à lui de par le roi, avec une lettre de créance, et dit ainsi : « Sire comte de Champagne, le « roi a appris que vous avez fait convention avec le comte Pierre « de Bretagne de prendre sa fille en mariage. Aussi le roi vous mande « si vous ne voulez pas perdre tout ce que vous avez dans le royaume (c de France, que vous ne le fassiez pas ; car vous savez que le comte (c de Bretagne a fait pis au roi que nul homme qui vive. » Le comte de Champagne, de l'avis du conseil qu'il avait avec lui, s'en retourna à Château-Thierry.
82. Quand le comte Pierre et les barons de France qui l'attendaient à Val-Secret apprirent cela , ils furent tous comme enragés de dépit de ce qu'il leur avait fait , et à l'instant envoyèrent quérir la reine de Chypre. Et sitôt qu'elle fut venue, ils prirent un commun accord qui fut tel , qu'ils manderaient ce qu'ils pourraient avoir de gens d'armes, et entreraient en Brie et en Champagne du
gent à armes, et enterroient en Brie et en Champaingne par devers France ; et que lidus de Bourgoingne ^ , qui avoit la fille au conte Robert de Dreues , ranterroit en la contée de Champaingne par devers Bourgoingne. Etprindrent journée qu'il se assembleroient par devant la citei de Troyes -, pour la citei de Troies penre se il pooient,
83. Li dus manda quant que il pot avoir de genf, li baron mandèrent aussi ce que il enporent ' avoir. Li baron vindrent ardant et destruiant tout ^ d'une part , li dus de Bourgoigne d'autre 3-, etliroys de France d'autre part, pour venir combattre à aus. Li desconfors '' fu teix au conte de Champaingne que il-mesmes ardoit ses villes devant la venue des barons, pour ce que il ne les trouvassent garnies. Avec les autres villes que li cuens de Champaingne ardoit , ardi-il Espargnay et Vertuz et Sezenne.
84. Li 1 bourgois de Troies , quant il virent que il avoient perdu le secours de lour signour, il mandèrent à Symon signour de Joingville, le père au signour de Joinville qui ore est, qu'i les venist secourrez. Et il, qui avait mandei toute sa gent à armes , mut de Joingville à Tanuitier, si tost comme ces nouvelles li vindrent, et vint à Troies ainçois que il fust jours. Et par ce faillirent li baron à lour esme que il avoient de penre la dite citei; et pour ce, li baron passèrent par devant Troies sans autre chose faire % et se alerent logier en la praerie disks*, là où li dus de Bourgoingne estoit.
85. Li roys de France, qui sot que il estoient là, il s'adreça tout droit là pour combattre à aus -, et li baron li mandèrent et prièrent que il ses cors se vousist traire arieres, et il se iroient combattre au conte de Champaingne et au duc de Lorreinne , et à tout le remenant de sa gent , à trois cens chevaliers moins que li cuens n'averoit ne li dus. Et li roys lour manda que à sa gent ne s:; combateroient-il jà
82. — 1 Hugues IV, qui accompagna saint Louis à la croisade de 1248; il mourut en 1272. — - Les mots et prindrent jusqu'à devant la citei de Troyes manquent dans A.
83. — IL, tout tant qu'ili en pourraient. — -A ©met tout. — 3 L, trustant et destruysant tout d'une part, en omettant // dus, etc. B, d'une part et d'autre. — 4 A, descort.