‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 56 sur 467 · XXV. Joinville se prépare à partir pour la croisade · texte numérisé non relu

XXV. Joinville se prépare à partir pour la croisade

iio. A Pâques, en l'an de grâce que le millésime courant était à 1248, je mandai mes hommes et mes fieffés à Joinville-, et la veille de ladite Pâque, où toutes ces gens que j'avais mandés étaient venus, naquit Jean mon fils, sire d'Ancerville, de ma première femme, qui fut sœur du comte de Grandpré. Nous fûmes en fêtes et en

109. — 1 C'est-à-dire que le comte de Sarrebruck et Joinville étaient chefs chacun de neuf chevaliers (Voy. § i23).

1 10. — 1 A, qui. — 2 A, Accrville. — 3 Alix, sœur de Henri VI, comte de Grandpré.

Toute celle semainne fumes en festes et en quarolles, que mes frères li sires de Vauquelour, et li autre riche home qui là estoient, donnèrent à mangier chascuns li uns après Fautre, le lundi, le mardi, le mercredi et le jeudi *.

111. Je lour diz le vendredi : « Signour, je m'en voi outre mer, « et je ne sai se je revenrai. Or venez avant -, se je vous ai de riens « mesfait, je le vous desferai, Tun par ' Fautre, si comme je ai ■- acoustu- « mei, à touz ceus qui vourront riens demander ne à moy ne à « ma gent. » Je lour desfiz par Tesgart de tout le ^ commun de ma terre ; et pour ce que je n'eusse point d'emport*, je me levai ^ dou consoil, et en ting quanque il raporterent, sanz débat.

112. Pour ce que je n'en vouloie porter nulz deniers à tort, je alai lessier à Metz en Lorreinne grant foison de ma terre en gaige. Et sachiez que, au jour que je parti de nostre païz pour aler en la Terre sainte, je ne tenoie pas mil livrées ^ de terre /^; car ma dame ma mere^ vivoit encore : et si y alai, moy disiesme de chevaliers et moy tiers de banieres -. Et ces choses vous ramantoif-je, pour ce que se Diex ne m'eust aidié, qui onques ne me failli, je l'eusse souffert à peinne par si lonc temps comme par l'espace de six ans que je demourai en la Terre sainte.

11 3. En ce point que je appareilloie pour mouvoir, Jehans sires d'Apremont et cuens de Salebruche de par sa femme ', envola à moy et me manda que il avoit sa besoigne arée pour aler outre mer, li disiesme de chevaliers • et me manda que se je vousisse, que nous loïssiens une nef entre li et moy; et je li otroiai : sa gent et la moie louèrent une nef à Marseille.

Page 1