‹ Jean, sire de JoinvilleChapitre 55 sur 467 · SAINT LOUIS PREND LA CROIX · texte numérisé non relu

SAINT LOUIS PREND LA CROIX

voulait tirer le drap sur le visage, et disait qu'il était mort. Et une autre dame, qui était de Tautre côté du lit, ne le souflrit pas- mais elle disait qu'il avait encore l'âme au corps.

107. Et comme il venait d'ouïr le débat de ces deux dames, Notre- Seigneur opéra en lui et lui envoya tantôt la santé ; car avant il était muet, et ne pouvait parler. Et sitôt qu'il fut en état de parler, il requit qu'on lui donnât la croix, et ainsi fit-on. Alors la reine sa mère ouït dire que la parole lui était revenue, et elle en montra aussi grande joie qu'elle put. Et quand elle sut qu'il était croisé, ainsi que luimême le contait, elle montra aussi grand deuil que si elle Teût vu mort.

108. Après qu'il fut croisé, se croisèrent Robert comte d'Artois, Alfonse comte de Poitiers, Charles comte d'Anjou, qui depuis fut roi de Sicile, tous trois frères du roi :, et se croisa aussi Hugues duc de Bourgogne, Guillaume comte de Elandre, frère du comte Gui de Flandre mort nouvellement, lebon Hugues comte de Saint-Paul, monseigneur Gaucher son neveu, qui se comporta très- bien outre-mer, et eût beaucoup valu s'il eût vécu.

109. Y furent aussi le comte de la Marche et monseigneur Hugues le Brun son fils, le comte de Sarrebruck, monseigneur Gobert d'Apremont son frère, en compagnie de qui, moi Jean, seigneur de Joinville, je passai la mer dans un vaisseau que nous louâmes, parce que nous étions cousins ; et nous passâmes outre-mer avec vingt chevaliers, dont il était lui dixième et moi dixième.

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