ON ARRIVE EN VUE DE DAMIETTE
le commanderait. D'où il advint que quand le roi vit que la chose fut bien préparée , le roi et la reine entrèrent en leurs nefs le vendredi avant la Pentecôte ; et le roi dit à ses barons qu'ils allassent à sa suite sur leurs nefs droit vers TEgypte. Le samedi le roi fit voile, et tous les autres vaisseaux aussi, ce qui fut très-belle chose à voir; car il semblait que toute la mer, autant que Toeil pouvait voir, fijt couverte de la toile des voiles des vaisseaux, qui furent évalués à dix-huit cents vaisseaux , tant grands que petits.
147. Le roi jeta Tancrc au bout d'un tertre que Ton appelle la pointe de Limisso, et tous les autres vaisseaux autour de lui. Le roi descendit à terre le jour de la Pentecôte. Quand nous eûmes ouï la messe, un vent rude et fort, qui venait d'Egypte, se leva en telle manière, que de deux mille et huit cents chevaliers que le roi mena en Egypte, il n'en demeura que sept cents que le vent n'eût pas séparés de la compagnie du roi, et menés en Acre et en autres terres étrangères, et qui depuis ne revinrent pas au roi de longtemps.
148. Le lendemain de la Pentecôte, le vent était tombé; le roi et nous qui étions demeurés avec lui, ainsi que Dieu le voulut, nous fîmes voile derechef, et rencontrâmes le prince de Morée et le duc de Bourgogne, qui avait séjourné en Morée. Le jeudi après la Pentecôte, le roi arriva devant Damiettc, et nous trouvâmes là toutes les forces du Soudan sur le rivage de la mer, fort belles gens à voir-, car le Soudan porte les armoiries d'or, où frappait le soleil, qui faisait resplendir les armoiries. Le bruit qu'ils faisaient avec leurs timbales et leurs cors sarrasinois, était épouvantable à écouter.
149. Le roi manda ses barons pour avoir conseil sur ce qu'il ferait. Beaucoup lui conseillèrent qu'il attendît tant que ses gens fussent revenus, parce qu'il ne lui était pas demeuré la troisième partie de ses gens-, et il ne les en voulut jamais croire. La raison qu'il dit pour cela fut que par là il donnerait du cœur à ses ennemis -, et surtout qu'en la mer devant Damiettc il n'y a point de port où il pût attendre ses gens, de peur qu'un fort vent ne nous prît et ne nous menât en d'autres terres, ainsi que les autres l'avaient été le jour de la Pentecôte.