B cl L, les vins
TORTS DU ROI ET DES CROISÉS. gS
167. Je VOUS parlerai premièrement du roi, qui fit quérir ses barons, les clers et les laïcs, et leur requit qu'ils l'aidassent à décider comment on partagerait ce qu'on avait gagné dans la ville. Le patriarche fut le premier qui parla, et il dit ainsi : « Sire, il me semble c( qu'il sera bon que vous reteniez les froments et les orges et le riz, a et tout ce de quoi on peut vivre, pour approvisionner la ville:, et « que Ton fasse crier dans le camp que tous les autres meubles <c soient apportés à Thôtel du légat, sous peine d'excommunication. » A ce conseil se rangèrent tous les autres barons. Or il advint ainsi que tous les meubles que l'on apporta à l'hôtel du légat ne montèrent qu'à six mille livres.
168. Quand ce fut fait, le roi et les barons firent quérir monseigneur Jean de Valéry le prudhomme, et lui dirent ainsi : « Sire de « Valéry, dit le roi , nous sommes convenus que le légat vous « baillera les six mille livres, à partager là où vous penserez que ce (( soit le mieux. — Sire, fit le prud'homme, vous me faites (( grand honneur, grand merci à vous! mais cet honneur et cette i' offre que vous me faites, je ne l'accepterai pas , s'il plaît à Dieu ; « car je déferais les [bonnes coutumes de la Terre-Sainte, qui sont c< telles : que quand l'on prend les cités des ennemis, sur les biens « que l'on trouve dedans, le roi doit en avoir le tiers, et les pèlerins « en doivent avoir les deux tiers.
169. « Et cette coutume le roi Jean la tint bien quand il prit « Damiette;, et ainsi que les anciens le disent, les rois de Jérusa- « lem qui furent avant le roi Jean, tinrent bien cette coutume. Et « s'il vous plaît que vous me vouliez bailler les deux tiers des fro- « ments et des orges, du riz et des autres vivres, je m'entremettrai « volontiers pour les partager aux pèlerins. « Le roi ne se décida pas à le faire, et l'aflaire demeura ainsi; d'où maintes gens se tinrent pour mal satisfaits de ce que le roi défit les bonnes coutumes anciennes.
170. Les gens du roi, qui auraient du par leur débonnaireté retenir les marchands, leur louèrent, comme l'on disait, aussi cher qu'ils purent les boutiques pour vendre leurs denrées:, et pour cela le bruit en courut en pavs étranger : d'où maints marchands renon-