Les gens omis dans A
baron , qui deussent garder le lour pour bien emploier en lieu et en tcns, se pristrent à donner les grans mangiers et les outrageuses viandes.
171. Li communs peuples se prist aus foies femmes -, dont il avint que li roys donna congié à tout plein de ses gens, quant nous revenimes de prison. Et je li demandai pour quoi il avoit ce fait; et il me dist que il avoit trouvei de certein que au giet d'une pierre menue , entour son paveillon , tenoient cil lour bordiaus à cui il avoit donnei congié, et ou temps dou plus grant meschief que li os eust onques cstei.
172. Or revenons à nostre matière et disons ainsi, que un pou après ce que nous eussiens pris Damiete , vindrent devant l'ost toute la chevalerie au soudanc , et assistrent nostre ost par devers la terre. Li roys et toute la chevalerie s'armèrent. Je, touz armez, alai parler au roy, et le trouvai tout armei séant sus une forme, et des preudomes chevaliers qui estoient de sa bataille, avecli* touz armés. Jeli requis qu'il vousist '' que je et ma gent alissiens jusques hors de Post, pour ce que li Sarrazm ne se ferissent en nos héberges. Quant mes sires Jehans de Biaumont oy ma requeste , il m'escria moût fort , et me commanda", de par le roy, que je ne me partisse de ma hcrbcrgc jusques à tant que li ro3^s le me commanderoit.
173. Les preudomes chevaliers qui estoient avec le roy vous ai-je ramenteu , pour ce que il en y avoit avec li huit , touz bons chevaUers , qui avoient eu pris d'armes de çà ' mer et de là-, et tiex chevaliers soloit l'on appeler bons chevaliers-. Li non ceus qui estoient chevalier entour le roy sont tel : mes sires Geffroys de Sargines, mes sires Mahis de Marley, mes sires Phelippes de Nenteul , mes sires Ymbers de Biaujeu, connestables de France, qui n'cstoit pas là, ainçois estoit au dehors de l'ost , entre li et le maistre* des arbalestriers , atout le plus des serjans à armes le ro}^ à garder nostre ost, que li Turc n'i feissent doumaige.
172. — 1 B et I-, cstot:iil assis sur selles, ail lieu de avec li. — - A omet qu'il l'ousist.
LES SARRASINS ATTAQUENT LE CAMP. gS
cèrent à venir au camp. Les barons, qui auraient du garder le leur pour le bien employer en temps et lieu , se prirent à donner de grands repas avec excès de viandes.
171. Les gens du commun se prirent aux mauvaises femmes; d'où il advint que le roi donna congé à tout plein de ses gens, quand nous revînmes de captivité. Et je lui demandai pourquoi il avait fait cela; et il me dit qu'il avait su certainement qu'à la portée d'une menue pierre, autour de son pavillon, ceux-là tenaient leurs lieux de débauche à qui il avait donné congé , et au temps des plus grandes misères où l'armée eut jamais été.
XX XVII . Les Sarrasins attaquent le camp ; mort de Gautier d'Autrèche.
172. Or revenons à notre matière et disons ainsi, qu'un peu après que nous eûmes pris Damiette , toute la chevalerie du Soudan vint devant le camp, et assiégea notre camp du côté de la terre. Le roi et toute la chevalerie s'armèrent. J'allai tout armé parler au roi , et le trouvai tout armé assis sur une chaise , et avec lui tout armés des prudhommes chevaliers qui étaient de son corps. Je lui requis qu'il voulût bien que moi et mes gens allassions jusque hors du camp, pour que les Sarrasins ne se jetassent pas en nos tentes. Quand monseigneur Jean de Baumont ouït ma requête, il cria très-fort après moi, et me commanda, de par le roi, que je ne partisse pas de ma tente jusques à tant que le roi me le commanderait.
173. Je vous ai parlé des prudhommes chevaliers qui étaient avec le roi, parce qu'il y en avait avec lui huit, tous bons chevaliers, qui avaient eu des prix d'armes en deçà de la mer et au delà ; et de tels chevaliers s'appelaient d'ordinaire bons chevaliers. Les noms de ceux qui étaient chevaliers près du roi sont tels : monseigneur Geoflroy de Sargines, monseigneur Matthieu de Marly, monseigneur Philippe de Nanteuil, monseigneur Imbert de Beaujeu , connétable de France, qui n'était pas là, mais était au dehors du camp, lui et le maître des arbalétriers , avec la plupart des sergents d'armes du roi , à garder le camp pour que les Turcs n'y fissent dommage.