MORT DE GAUTHIER D AUTRÈCHE
174. Or il advint que monseigneur Gautier d'Autrèche se fit armer en son pavillon de tous points, et quand il fut monté sur son cheval, Pécu au cou, le heaume en tête, il fit lever les pans de son pavillon, et piqua des éperons pour aller aux Turcs-, et au moment où il partait de son pavillon tout seul, toute sa suite s'écria à haute voix : « Ghatillon! » Or il advint ainsi qu'avant d'arriver aux Turcs il tomba, et son cheval lui passa sur le corps; et le cheval s'en alla, couvert de ses armes, à nos ennemis, parce que la plupart des Sarrasins étaient montés sur des juments-, et pour cela le cheval tira vers les Sarrasins.
175. Et ceux qui le virent nous contèrent que quatre Turcs vinrent sur le seigneur Gauthier, qui gisait à terre-, et en passant devant lui, ils lui donnaient de grands coups de leurs masses là où il gisait. Là le délivrèrent le connétable de France, et plusieurs des sergents du roi avec lui, qui le ramenèrent sur leurs bras jusques à son pavillon. Quand il vint là, il ne put parler : plusieurs des chirurgiens et des médecins du camp allèrent à lui; et parce qu'il leur semblait qu'il n'y avait point de péril de mort, ils le firent saigner des deux bras.
176. Le soir, très-tard, monseigneur Aubert de Narcy me dit que nous l'allassions voir , parce que nous ne l'avions pas encore vu, et c'était un homme de grand nom et de grande valeur. Nous entrâmes dans son pavillon, et son chambellan vint à notre rencontre pour que nous allassions doucement, et pour que nous n'éveillassions pas son maître. Nous le trouvâmes gisant sur des couvertures de menu vair, et nous approchâmes tout doucement de lui, et le trouvâmes mort. Quand on le dit au roi, il répondit qu'il n'en voudrait pas avoir mille pareils, puisqu'ils voudraient agir sans son commandement, comme avait fait celui-là.
XXXVI II. Nouvelles attaques des Sarrasins; le roi se décide à attendre l'arrivée du comte de Poitiers.
177. Les Sarrasins à pied entraient toutes les nuits dans le camp ,