L ARMEE SE MET EN MARCHE
182. Avant le troisième samedi vint le comte de Poitiers, et il n''était pas besom qu'il fut venu auparavant \ car dans l'intervalle des trois samedis, il y eut uue si grande tempête en mer devant Damiette, qu'il y eut bien deux cent quarante vaisseaux, tant grands que petits, brisés et perdus, avec les gens qui étaient dedans, noyés et perdus. Si donc le comte de Poitiers fût venu auparavant, et lui et ses gens eussent été tous abîmés.
i83. Quand le comte de Poitiers fut venu, le roi manda tous ses barons de Tarmée pour savoir quelle voie il prendrait, ou vers Alexandrie ou vers Babylone. D'où il advint ainsi que le bon comte Pierre de Bretagne et la plupart des barons de Tarmée furent d'accord que le roi allât assiéger Alexandrie, parce que devant la ville il y avait un bon port, là où aborderaient les nefs qui apporteraient des vivres à l'armée. A cela le comte d'Artois fut contraire, et dit qu'il ne serait pas d'avis qu'on allât ailleurs qu'à Babylone, parce que c'était le chef-lieu de tout le royaume d'Egypte; et il dit ainsi, que qui voulait tuer tout d'abord le serpent, il lui devait écraser le chef. Le roi laissa tous les autres conseils de ses barons, et s'en tint au conseil de son frère.