XXXIX. L'armée se met en marche
• 1 84. En l'entrée des Avcnts, le roi se mit en mouvement avec l'armée pour aller vers Babylone, ainsi que le comte d'Artois Tavait conseillé. Assez près de Damiette, nous trouvâmes un cours d'eau qui sortait de la grande rivière*, et il fut décidé que l'armée séjournât un jour pour boucher ledit bras, afin qu'on pût passer. La chose fut faite assez facilement •, car on boucha ledit bras tout contre la grande rivière, en sorte que l'eau se tourna assez facilement dans la grande rivière. Au passage de ce bras, le soudan envoya cinq cents de ses chevaliers, les mieux montés qu'il put trouver en toute son armée, pour harceler l'armée du roi, et retarder notre marche.
184. — 1 En sorte jusqu'à riviëri; omis dans A. — - A, aidier ; L, Itaydier ; M et R, secourir. B, troubler, équivalent de hardier.
i85. Le jour de la saint-Nicholas ', conimenda li roys que ils'atirassent pour chevauchier, et deffendi que nulz ne fust si hardis que il poinsist à ces Sarrazins qui venu estoient. Or avint que quant li OS s'esmut pour chevauchier, et li Turc virent que Ton ne poindroit ~ pas à aus , et sorent par lour espies que li roys Tavoit deffendu, il s'enhardirent et assemblèrent aus Templiers, qui avoient la première bataille; et li uns des Turs porta un chevalier dou Temple à terre, tout devant les piez dou cheval frère Renaut de Vichiers 3, qui estoit lors marechaus dou Temple.
i86. Quant il vit ce, il escria à ses frères : « Or à aus, de par (c Dieu! car ce ne pourroie-je plus souffrir. » Il feri des espérons et touz li os aussi : li cheval à nos gens estoient frez, et li cheval aus Turs estoient jà foulei ; dont je oy recorder que nus n'en y avoit eschapei, que tuit ne fussent mort ; et plusour d'aus en estoient entrei ou ffum et furent noyé.
187. Il nous couvient premièrement parler dou fium qui vient par ^ Egypte et de Paradis terrestre ;, et ces choses vous ramentoif-je pour vous faire entendant aucunes choses qui afïierent à ma matière. Gis fleuves est divers de toutes autres rivières; car quant plus- viennent les autres rivière aval, et plus y chiéent de petites rivières et de petiz ruissiaus -, et en ce ffum n'en chiet nulles : ainçois avient ainsi que il vient touz en un chanel jusques en Egypte, et lors giete de li sept 3 branches, qui s'espandent parmi Egypte.
188. Et quant ce vient après la saint- Remy, les sept rivières s'espandent par le païs et cuevrent les terres pleinnes ; et quant elles se retraient, li gaaingnour vont chascuns labourer en sa terre à une charue sanz rouelles, de quoy il tornent ^ dedens la terre les fourmens, les orges, les comminz, le ris ; et viennent ~ si bien que nulz n'i sauroit qu'amander. Ne ne sait l'on dont celle creue ' vient, mais que de la volontei Dieu ; et se ce n'estoit, nul bien ne venroient ou
i85. —1 Le 6 décembre 1249.— - A, poindrent. — 3 Les manuscrits portent ici Bichiers et plus loin Vichiers, qui est le véritable nom.