B et L, les princes des Tures devant nommei Jisl
201. — 1 B et L, tant en y eut, etc., que on n'en sçavoit le compte
203. Un soir avint, là où nous guietiens les chas chastiaus de nuit, que il nous avierent un engin que l'on appelé perriere \ ce que il n'avoient encore fait , et mistrent le feu gregoiz en la fonde de l'engin. Quant mes sires Gantiers d'Escuiré -^ li bons chevaliers, qui estoit avec moy, vit ce, il nous dist ainsi :
204. (( Signour, nous sommes ou plus grant péril que nous fus- « siens onques mais- car se il ardent nos chastiaus et nous demou- « rons 1, nous sommes perdu et ars; et se nous lessons nos deffenses « que Ton nous a baillies à garder, nous soumes honni-, dont nulz « de cest péril ne nous puet deffendre, fors que Dieu. Si vous lo et « conseil que toutes les foiz que il nous geteront le feu , que nous « nous metons à coûtes et à genouz, et prions Nostre Signour que c( il nous gart'2 de ce péril. « •
205. Si tost comme il geterent le premier cop, nous nous meismes à coûtes et à genouz, ainsi comme il nous avoit enseignié. Li premiers cos que il jetèrent vint entre nos dous chas-chastiaus , et chaï en la place devant nous que li os avoit faite pour bouchier le fleuve. Nostre esteingnour furent appareillié pour estaindre le feu-, et pour ce que li Sarrazin ne pooient traire à aus, pour les dous eles des paveillons que li roys y avoit fait faire , il traioient tout droit vers les nues, si que li pylet lour chéoient tout droit vers aus.
206. La manière dou feu gregois estoit teix que il venoit bien devant aussi gros comme uns tonniaus de verjus, et la queue dou feu quipartoit de li, estoit bien aussi grans comme unsgrans glaives. Il faisoit tel noise au venir, que il sembloit que ce fust la foudre dou ciel-, il sembloit un dragon qui volast par Pair. Tant getoit grant clartei que Ton véoit aussi clair * parmi l'ost comme se ~ il fust jours, pour la grant foison dou feu qui getoit la grant clartei. Trois foiz nous geterent le feu gregois celi soir, et le nous lancierent quatre foiz à l'arbalestre à tour.
2o3. — 1 Cet engin, comme son nom Tindique, servait ordinairement à lancer des pierres; mais les Sarrasins l'employèrent alors à lancer le feu gregois. — 2 A, du Cureil.
LE FEU GRÉGEOIS. Il3
X L 1 1 1 . Le feu grégeois lancé contre les chats-châteaux.
203. Un soir où nous gardions de nuit les chats-châteaux, il advint qu'ils nous amenèrent un engin qu'on appelle pierrière , ce qu'ils n'avaient pas encore fait , et ils mirent le feu grégeois dans la fronde de l'engin. Quand monseigneur Gautier d'Écurey, le bon chevalier, qui était avec moi, vit cela, il nous dit ainsi :
204. « Seigneurs, nous sommes dans le plus grand péril où « nous ayons jamais été; car s'ils brûlent nos châteaux et que nous « demeurions, nous sommes perdus et brûlés; et si nous laissons « nos postes qu'on nous a baillés à garder, nous sommes honnis-, « c'est pourquoi nul ne nous peut défendre de ce péril, excepté « Dieu. Je suis donc d'avis et vous conseille que toutes les fois qu'ils (( nous lanceront le feu, nous nous mettions sur nos coudes et nos « genoux , et priions Notre-Seigneur qu'il nous garde de ce péril. »
205. Sitôt qu'ils lancèrent le premier coup, nous nous mîmes sur nos coudes et nos genoux , ainsi qu'il nous l'avait enseigné. Le premier coup qu'ils lancèrent vint entre nos deux chats-châteaux^ et tomba devant nous sur la place que l'armée avait faite pour boucher le fleuve. Nos hommes chargés d'éteindre furent préparés pour éteindre le feu -, et parce que les Sarrasins ne pouvaient tirer sur eux à cause des deux ailes des pavillons que le roi y avait fait faire, ils tiraient tout droit vers les nues, en sorte que les jraits leur tombaient tout droit vers eux.
206. La façon du feu grégeois était telle qu'il venait bien par devant aussi gros qu'un tonneau de verjus, et la queue du feu qui en sortait, était bien aussi grande qu'une grande lance. Il faisait un tel bruit en venant, qu'il semblait que ce fût la foudre du ciel; il semblait un dragon qui volât dans les airs. Il jetait une si grande clarté que l'on voyait aussi clair parmi le camp que s'il eût été jour, pour la grande foison du feu qui jetait la grande clarté. Trois fois ils nous jetèrent le feu grégeois ce soir-là , et ils nous le lancèrent quatre fois avec l'arbalète à tour.
204. — 1 A, et nos demeures. — - A, getc; B et T„ garde. 206. — ' A omet aussi clair. — ' A, ce.
JOINVILI.E. — i5
207. Toutes les foiz que nostre sains roys ooit que il nous getoient le feu grejois , il s'en estoit ^ en son lit , et tendoit ses mains vers Nostre Signour, et disoit en plourant : « Biaux Sire Diex, « gardez-moy ma gent ! » Et je croi vraiement que ses prières nous orent bien mestier ou besoing. Le soir, toutes les foiz que li feus estoit cheus, il nous envoioit un de ses chamberlans pour savoir en quel point nous estiens, et se li feus nous avoit fait point de doumaige.
208. L'une des foiz que il nous geterent, si chéi encoste le chatchastel que les gens mon signour de Courtenay gardoient, et feri en larivedouflum. Atantes-vousun chevalier qui avoit non TAubigoiz : « Sire, fist-il à moy, se vous ne nous aidiés, nous sommes tuit ars; « car li Sarrazin ont tant trait de lour pylés, que il a aussi comme '( une grant haye qui vient ardant vers nostre chastel. » Nous saillîmes sus et alames là , et trouvâmes que il disoit voir. Nous esteingnimes le feu, et avant que nous Teussiens estaint, nous chargierent li Sarrazin touz de pylés que il traioient ou travers dou flum.
209. Li frère le roy gaitoient les chas-chastiaus de jour, et montoient ou chastel' en haut, pour traire aus Sarrazins des arbalestres de quarrkus qui aloient par mi Tost aus Sarrazins. Or avoit li roys ainsi atirié que, quant li roys de Sezile guietoit de jour les chaschastiaus, et nous les deviens guietier de nuit. Celle journée que li ro3^s de Sezile"^ guieta de jour, et nous deviens guietier la nuit; et nous estiens en grant mesaise de cuer, pour ce que li Sarrazin avoient tout confroissié nos chas-chastiaus. Li Sarrazin amenèrent la perriere de grant jour, ce que il n'avoient encore fait que de nuit, et geterent le feu gregois en nos chas-chastiaus.
210. Lour engins avoient si acouplez aus chaucies que li os avoit faites pour bouchier le flum, que nulz n'osoit aler aus chas-chastiaus , pour les engins qui getoient les grans pierres , et chéoient en